1.6.3. La question de la liberté

[106] Que suis-je donc au juste? Que signifie le fait que j’ai été placé ainsi à la fin provisoire d’une série évolutive qui, commençant avec le début de l’humanité, m’a pris en ce moment comme point d’arrivée? Suis-je particulièrement ennobli par cette antique série d’ascendance, ennobli par le fait que tous les nombreux membres de cette série qui m’ont précédé et qui ont disparu regardent vers moi comme vers l’accomplissement du sens de leur vie, comme l’héritier institué par le cosmos – ou bien, malgré cette dignité, ne suis-je rien en face de ces myriades de mondes solaires qui me regardent, un pauvre rien malgré mon apparente dignité?

Car même si je m’imagine être le point d’arrivée d’une série d’évolutions si anciennes, qui m’ont donné ce corps avec toutes ses facultés, ce corps dans lequel les rayons cosmiques convergent sous la forme unique et jamais répétée que j’ai décrite précédemment, les mêmes forces qui ont œuvré pour me produire continueront à travailler en moi – selon les mêmes lois.

N’est-il pas, au fond, indifférent que je puisse assister conscient à cette poursuite de l’action des forces cosmiques en moi – ou que cette petite étincelle de ma conscience n’ait jamais été allumée?

Car que peut ajouter ma vie, dans le meilleur des cas, aux lois cosmiques d’airain auxquelles je suis soumis, que peut être le contenu de cette vie sinon l’accomplissement inévitable de ces nécessités auxquelles je ne suis destiné qu’à être un spectateur impuissant pendant le court laps de temps de mon existence? Ou en d’autres termes: l’horoscope, tel que l’Homme le trouve au moment de sa naissance, ne détermine-t-il pas déjà la ligne de sa vie ultérieure? Cette vie elle-même avec tout ce qui en constitue le contenu, n’est-elle pas inéluctable, comme le serait chaque événement, chaque pensée, chaque sentiment, voire même chaque action? Et moi-même ne suis-je qu’un esclave livré sans défense à cette nécessité d’airain, dont la plus grande sagesse de vie serait d’accepter ce fait? Ou bien existe-t-il quelque chose qui, dans toutes ces conditions, me laisse encore quelque chose comme une « liberté »?

Il est très important que nous prenions position sur cette question aujourd’hui, car si elle reste sans réponse, quel sens aurait alors pour nous l’étude de l’astrologie?

L‘Homme entre ciel et terre

Le sentiment de cette dichotomie entre l’importance cosmique et le néant terrestre de l’individu humain n’a peut-être jamais été exprimé de manière aussi poignante que dans le psaume 8 de David:

[107] Quand je contemple tes cieux, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as créées, je m’écrie:

Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, et le fils de l’homme, pour que tu en prennes soin?

Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, tu l’as couronné de gloire et d’honneur.

Tu lui as donné l’empire sur les œuvres de tes mains.

[Psaume 8:4 – 8:7]

Les versets ci-dessus sont d’une profondeur abyssale.

Ne faisons pas attention au fait que le psalmiste ne mentionne pas le Soleil. Mais notons la distinction qui est faite ici entre « l’Homme » et « l’enfant de l’Homme ». Elle nous offrira une première clé pour répondre à notre question!

Permettez-moi maintenant de dire ce qui se cache derrière ces mots.

L’Homme, tel qu’il apparaît ici sur la Terre, n’est pas né pour la première fois, sa naissance par sa mère n’est pas sa première naissance – ni sa dernière!

Il vient à la vie ici en tant qu’enfant de l’Homme; mais l’Homme qui naît ici en tant qu’enfant de l’Homme, né de la mère, il est ancestral avec tous les autres millions d’hommes – en tant que son véritable ancêtre dans l’idée éternelle de « l’Homme » – le premier Homme, Adam – « qui était Dieu » (Évangile de Luc 3:38), dont l’archétype repose dans le Zodiaque, selon la première perspective, celle de l’éternité. En Adam, l’archétype céleste de l’Homme trouve sa première origine extraterrestre, la naissance terrestre ne nous révèle donc pas du tout notre véritable origine, comme nous l’avons déjà expliqué précédemment. Mais alors, que nous révèle-t-elle?

Elle nous révèle l’état de maturité de l’embryon de Dieu qu’est l’être humain dans la phase stellaire dans laquelle il est libéré du sein de la Terre, dans laquelle il est accouché. Mais en ce sens, elle ne dévoile pas non plus complètement l’Homme, elle ne l’expose pas entièrement nu et sans voile aux radiations du cosmos, dont il était jusqu’alors protégé par le ventre de sa mère.

Certes, cet écran lui est retiré, il reçoit maintenant les rayonnements du ciel étoilé, il voit maintenant, comme on a coutume de le dire, la lumière du monde, mais il ne voit cette lumière qu’à moitié, entre lui et l’autre moitié de la lumière se glisse une enveloppe qui l’accompagne toute sa vie.

Et cette enveloppe qui lui cache la moitié du ciel étoilé, avant sa naissance, alors que la Terre ne l’avait pas encore « exprimé », c’est le globe terrestre [108] lui-même, le globe qui se glisse entre lui et cette partie du ciel qui se trouvait « sous » l’horizon au moment de sa naissance. La Terre elle-même n’a pas encore pu le libérer complètement – il n’est pas encore tout à fait né pour la dernière fois; toutes les radiations qui proviennent de la partie du cosmos qui se trouve sous l’horizon doivent d’abord traverser la Terre avant de l’atteindre, doivent être en quelque sorte filtrées par cette Terre avant de l’atteindre.

Mais quel est le sens de ce processus de filtration, quel est le sens profond de cette protection de l’Homme contre la partie « souterraine » du ciel?

Ce qui empêche les radiations de cette partie du ciel d’atteindre librement l’Homme, c’est la préhistoire de l’Homme, autrement dit sa lignée ancestrale, par laquelle il est enraciné dans la Terre et qui lui fait porter tout le poids de la charge terrestre – la masse héréditaire, dans laquelle est contenu le patrimoine génétique de tous les ancêtres terrestres; elle s’oppose aux radiations des influences célestes situées sous l’horizon comme un filtre qui ne laisse passer que ce qui correspond à la couleur propre de ce filtre. Elle fait prendre conscience au nouveau-né qu’il est l’enfant de l’Homme – le fils de la Terre – et détermine ainsi la mesure de son attachement, détermine ce qui appartient à la Terre dans son être, conformément à ses antécédents terrestres!

Mais ce qui rayonne des régions célestes au-dessus de l’horizon peut lui parler librement, lui apporte ce qui n’est pas influencé ni troublé par ce filtre du passé, ne s’adresse pas au fils de la Terre, mais s’adresse à ce qui en nous n’appartient pas à la Terre, mais doit s’en détacher pour lui donner la liberté comme fruit de ce processus de détachement! Ce qui se trouve en dessous de l’horizon touche au côté nuit de notre être, ce qui se trouve au-dessus de l’horizon touche au côté jour. Et maintenant, nous comprenons d’un seul coup ce que signifie réellement la naissance de l’Homme dans ce sens – non seulement pour l’Homme qui naît, mais aussi pour la Terre elle-même et plus loin encore… pour le cosmos lui-même!

Lorsque, par sa naissance, l’être humain émerge du sein de la Terre et donc, pour ainsi dire, des profondeurs du passé, lorsqu’il est livré à la « lumière » du monde, c’est à lui qu’incombe la tâche de relier, par sa vie, le haut et le bas dans une relation que personne d’autre que lui, « l’élu des étoiles », n’est en mesure d’établir, la tâche de faire avancer d’un pas, pendant la courte durée de sa vie, l’ontogenèse de l’embryon divin qu’est l’être humain et de contribuer ainsi à l’œuvre de la révélation du monde à son niveau!

[109] Et ce travail, aussi petit soit-il, personne d’autre ne peut le faire à sa place.

La Terre seule ne le peut pas, pas plus que le Ciel. C’est là que réside l’importance
mission de l’
Homme, l’importance de son incarnation. S’il n’était que l’héritier de ce qui lui parvient des cieux nocturnes et souterrains, il ne pourrait rien ajouter à la généalogie de l’humanité – l' »amour » du monde serait venu à lui en vain; il ne pourrait pas l’absorber, sa vie serait vaine; il serait dans la nuit éternelle. Esclave inconditionnel du passé, il serait en fait moins que rien dans le cosmos.

Mais quelle est donc la « lumière » du monde qui seule peut l’arracher au passé et à sa contrainte, la lumière par laquelle seule il peut accéder à la liberté?

« Il vivrait un peu mieux », raille Méphisto dans Faust,

« Si tu ne lui avais pas donné l’éclat de la lumière du ciel,

Il l’appelle raison et n’en a besoin que de lui-même,

D’être seulement plus animal que n’importe quel animal ».

Non: ce n’est pas la lueur de la lumière céleste, mais cette lumière elle-même, que l’être humain peut obtenir s’il entreprend quelque chose qui lui permette de s’éclairer de l’intérieur. Ce n’est qu’alors que le jour est entré dans l’Homme; lui qui appartenait jusqu’alors à la nuit, a vu le Soleil intérieur s’éveiller.

Or, nous savons déjà, grâce à nos recherches antérieures, que le symbole lunaire était en fait utilisé pour représenter la phase nocturne de la vie, c’est-dire la phase du passé; alors que le symbole solaire marque la phase diurne active, tournée vers l’avenir. C’est ainsi que la « lumière » du monde prend tout à coup une autre signification: c’est l’apparition de cette lumière du monde en nous, en tant qu’apparition du principe solaire dans l’acte de révélation du monde, c’est l’avènement de la révélation du « moi » – et avec celle-ci la conquête de ce qui élève notre vrai « moi » au-dessus de ce qui nous a été transmis par l’hérédité: la mise à jour de cette moitié de l’être qui n’est pas « née de la femme », qui n’est pas l’enfant de l’Homme, mais de Dieu.

Mais pour que ce noyau héliotique ou solaire – comme nous pouvons maintenant le dire dans le langage de l’astrologie – se détache de ce qui est lunaire en nous, il faut précisément ce travail dont nous avons parlé la dernière fois avec tant d’insistance, de l’acte de mariage sans cesse renouvelé entre ce qui afflue vers l’Homme depuis les régions diurnes et ce qui afflue vers l’Homme depuis les régions nocturnes, afin de se rapprocher de plus en plus, par cette synthèse continue, de la rupture de la dernière enveloppe qui nous sépare du Ciel. Dans le langage des mystiques, cette rupture de l’enveloppe, provoquée par le travail personnel, est la deuxième naissance de l’Homme sur la Terre, par laquelle il se détache du passé, obtient l’effacement des couches héréditaires sans lesquelles il n’y a pas de liberté, de sorte que le globe terrestre devient pour lui de plus en plus clair, de plus en plus transparent, jusqu’à ce que la lumière du Ciel entier l’atteigne sans être troublée – l’Adam céleste, pour parler comme la Bible, est alors rétabli.

Nous abordons ainsi, dans le chapitre qui vient, l’une des questions les plus importantes de l’astrologie, celle du sens de l’horoscope.


Source: Das Testament der Astrologie, tome 1, Oskar Adler, 1930-38

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