SERBIE-OTAN • Des avions civils comme boucliers humains

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Paru dans l’Antipresse n°332 – 09.04.2022

Il devient de plus en plus difficile de se tenir à l’écart du conflit lorsqu’on est un pays d’Europe. L’alignement instantané de la Suisse a donné le ton. Restent deux foyers de résistance: la Hongrie et la Serbie. La Hongrie a voté les sanctions, mais refuse de faire transiter les armes. Elle a été sanctionnée cette semaine par la Commission européenne et la Pologne annonce la rupture de relations avec ce pays. La Serbie a refusé les sanctions, mais s’est désolidarisée par deux fois de la Russie à l’ONU.
Le 7 avril, elle a piteusement voté en faveur de l’exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. La population est honteuse et excédée.

Le président Vučić, inconfortablement assis entre deux chaises qui s’écartent de plus en plus, a franchement déclaré qu’il avait voté à cause de pressions et de chantages impliquant des sanctions pétrolières. Il a aussi clairement ajouté que l’Occident avait pour but de détruire la Russie. Vučić est conscient du jeu pervers dont lui-même est l’un des acteurs. Perpétuellement menacé d’une «révolution colorée» montée par les services anglosaxons, il sait que dans les circonstances actuelles la Russie ne lui viendrait pas en aide en cas de déstabilisation.

Les incidents aériens sont un exemple des pressions et chantages dont la Serbie fait l’objet. Air Serbia maintient la seule ligne aérienne avec Moscou et St-Pétersbourg depuis l’Europe. Elle est constamment visée par des fausses alertes à la bombe qui perturbent les vols.

Mardi, les passagers et le personnel ont été évacués de l’aéroport Nikola Tesla de Belgrade. Avant cela, Air Serbia avait reçu une série de fausses alertes à la bombe à bord visant les vols Belgrade-Moscou et Belgrade-St. Petersbourg. Les avions ont dû retourner à leur aéroport de départ pour un contrôle. Les menaces provenaient du territoire de l’Ukraine et de la Pologne.
Le 28 mars, suite à une alerte visant le vol Belgrade-St. Petersbourg, la Hongrie avait fait décoller sa chasse pour escorter l’avion dans l’espace aérien hongrois.
Cette semaine, toutefois, un palier supplémentaire a été franchi dans l’ignominie.

Vučić a ainsi expliqué qu’un avion de chasse de l’OTAN s’est servi, le 6 avril, d’un appareil civil serbe comme couverture pour pénétrer dans l’espace aérien russe.

«Demain, le pays demandera des informations supplémentaires aux Russes, mais nous demanderons également des informations à l’OTAN. Nous verrons qui est assez malin pour mettre en péril l’aviation civile avec ses avions de chasse. Peut-être s’agit-il d’un accident, ce serait bien de l’entendre. Nous avons les coordonnées exactes de l’endroit où cet avion est apparu», a-t-il déclaré.

Le président serbe a lu le rapport du pilote du vol spécifiant que le chasseur s’était positionné à environ 1000 mètres sous le ventre de son appareil.

«Près de la frontière russo-lituanienne, les contrôleurs aériens russes nous ont avertis qu’un avion militaire inconnu se déplaçait autour de notre avion, et nous ont demandé de procéder à son identification visuelle, et de leur soumettre les données. Il s’agissait d’un chasseur Phantom F-15 ou Eurofighter de couleur grise», indique le pilote.

Quel pouvait être le but d’une telle manœuvre? Simplement tester la DCA russe ou provoquer une «bavure» sur un vol civil, avec des centaines de victimes à la clef, et brouiller ainsi la Russie avec l’un des derniers alliés qu’il lui reste en Europe?

  • Post-Scriptum. L’incident s’est répété le 8 avril avec le vol JU 671 pour Pétersbourg, cette fois flanqué par des chasseurs aux couleurs de la Belgique.

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