Swami Satyananda Saraswati: Cours systématique des anciennes techniques tantriques du yoga et du kriya

Swami Satyananda Saraswati: Cours systématique des anciennes techniques tantriques du yoga et du kriya


Leçon 1

Le yoga n’est pas un mythe ancien enfoui dans l’oubli. Il est l’héritage le plus précieux du présent. Il est le besoin essentiel d’aujourd’hui et la culture de demain.

Swami Satyananda Saraswati

Kriya Yoga: 1. Introduction

Nous avons tous un potentiel qui dépasse même nos rêves les plus fous, mais la majeure partie de ce potentiel reste inexploitée. Chaque personne a la capacité d’expérimenter différents plans de conscience, pourtant la plupart d’entre nous vivons dans les plans inférieurs, sans expérimenter de niveaux supérieurs d’existence, ni même croire qu’ils existent. Beaucoup de gens sont malheureux dans le monde, insatisfaits et pourtant incertains de ce qui manque à leur vie. La raison fondamentale de ce malheur est notre attachement au plan matériel de l’existence. Une fois que nous entrevoyons les sphères supérieures de la conscience, alors notre malheur et notre mécontentement s’estompent automatiquement. Il existe divers systèmes de yoga, tels que le raja yoga, le kundalini yoga, etc., qui sont largement répandus à travers le monde. Tous visent des états transcendantaux où l’on commence à communier avec son être intérieur. La plupart des systèmes soulignent l’importance de la concentration comme moyen de retirer la conscience de l’environnement extérieur et de la diriger vers les royaumes les plus intimes de l’esprit.

Sans nous impliquer trop dans le domaine de la sémantique, définissons tout d’abord ce qui est communément entendu par concentration. La concentration implique la focalisation de sa conscience vers un point, soit externe soit interne, à l’exclusion de tous les autres sujets ou pensées. Or, ce n’est pas un processus facile, car notre conscience en lien avec notre esprit est habituée à se déplacer d’un point au suivant, d’un objet à un autre. Toute tentative de notre part pour subjuguer la conscience et la faire demeurer sur un seul point impose une tension à l’esprit, entraînant tension et frustration face à notre échec à contenir sa tendance à l’errance.

Si vous vous observez vous-même, vous constaterez que votre conscience a une tendance naturelle à avoir une perception diversifiée et à se déplacer d’un objet au suivant. Essayez de vous concentrer sur une chose pendant quelques minutes et vous vous convaincrez de ce fait. Vous serez conscient d’un flux incessant de pensées, certaines qui semblent liées les unes aux autres et d’autres qui semblent totalement sans rapport. Cette apparition de pensées sans lien est connue sous le nom de distraction (विक्षेपi) et constitue une limitation de l’esprit. De nombreux systèmes de yoga vous disent de placer un objet devant vous ou de visualiser une image interne, de vous concentrer dessus, et voilà que vous commencerez à explorer les profondeurs subconscientes de l’esprit. Bien que la méthode soit correcte et puisse apporter des expériences merveilleuses, elle ne prend aucune considération de la tendance à l’errance de notre conscience, ce qui rend la concentration impossible pour la plupart des gens. La concentration n’est possible que si une personne est très détendue mentalement et physiquement. La plupart des gens ne peuvent pas se détendre, ou s’ils le font, c’est en de rares occasions. Pour cette raison, l’esprit projette continuellement des flux de pensées divergentes vers la perception consciente. Ainsi, demander à la plupart des gens de se concentrer est impossible. Et s’ils essaient de se concentrer, ils auront tendance à essayer de supprimer les facteurs perturbateurs dans l’esprit et créeront plus de tension en eux-mêmes.

La concentration est quelque chose qui se produit spontanément dans un esprit et un corps très détendus. Jusqu’à ce que la relaxation soit atteinte, la concentration, la vraie concentration, reste impossible. Un système est nécessaire qui conduit progressivement une personne à des états plus profonds de relaxation, jusqu’à ce que la concentration devienne l’activité spontanée de la conscience. Ce système est le système du kriya yogaii. Avant de parler du kriya yoga, discutons brièvement de où la concentration, la concentration détendue s’entend, nous mènera. Le fruit ou l’aboutissement d’une concentration profonde et à un seul point est l’apparition de l’état spontané de méditation. La plupart des gens ont entendu parler de la méditation, pourtant très peu de gens l’ont réellement expérimentée. Elle ne surgit que dans des conditions de relaxation presque anormale (oui, anormal est le bon mot, car la plupart des gens n’expérimentent jamais d’états profonds de relaxation; même pendant le sommeil, ils sont tourmentés par des soucis subconscients, des phobies, des peurs, etc.) de l’esprit et du corps, ainsi qu’un état élevé de vigilance consciente. Beaucoup de gens pensent qu’ils méditent, mais en fait ils ne le font probablement pas. Les instruments scientifiques modernes peuvent même montrer si une personne est dans un état de méditation ou non. Ces instruments mesurent les schémas d’ondes électriques émis par le cerveau. La fréquence et l’amplitude de ces ondes cérébrales indiquent l’état intérieur de l’esprit.

Pendant la concentration, il y a une continuité de la conscience et cette condition permet à nos forces subconscientes de s’élever. Les schémas psychologiques cachés dans l’esprit subconscient commencent à se manifester. Normalement, en raison de nos distractions mentales, nous sommes totalement incapables de contacter ou d’exprimer notre pouvoir intérieur. Pendant les périodes de concentration profonde, nous commençons à comprendre les aspects plus profonds de notre être. Ainsi, les fruits de la concentration sont substantiels. Beaucoup de gens, qu’ils aient expérimenté la méditation ou non, savent que de grandes choses les attendent si seulement ils peuvent se concentrer profondément. Parce qu’ils ne sont pas détendus, cependant, ils forcent leur conscience à demeurer sur un seul point. Bien sûr, ils ne font que suivre les instructions de la plupart des systèmes de yoga ou des professeurs de yoga. Ils ne réalisent pas que les systèmes de yoga sont corrects, mais qu’ils présupposent un niveau raisonnable de relaxation, quelque chose qui n’est pas atteint par la plupart des gens aujourd’hui. Le résultat de cette concentration forcée est une plus grande tension et frustration. La méditation leur échappe. Répétons-le: ce n’est pas la méthode qui est fausse; son échec à produire des résultats dans la plupart des cas est dû au fait que les gens ne sont pas prêts pour le système. La plupart des gens ont trop de perturbations dans leur esprit pour pouvoir se concentrer. Une fois que les complexes profondément enracinés ont été éliminés, ceux dont la plupart d’entre nous ne sont pas conscients, alors la relaxation devient possible; elle devient naturelle et profonde. La méditation commence à se produire spontanément. Aucun effort n’est requis.

Des questions se posent telles que:

  • «Comment la plupart des gens peuvent-ils apprendre à explorer leur esprit?»
  • «S’ils ne peuvent pas se concentrer, que doivent-ils faire?» 
  • «Comment peut-on atteindre l’expérience méditative?» 

C’est là que le kriya yoga vient à la rescousse. Le kriya yoga semble défier ou contredire les règles de base du yoga. Il dit que vous ne devez pas essayer de concentrer votre esprit. Ne faites aucun effort pour provoquer l’unité de point. Laissez votre conscience libre de mouvement, mais laissez-la essayer de suivre des mouvements internes prescrits. Le kriya yoga accepte les limitations de la plupart des gens; si vous êtes incapable de vous concentrer, alors une autre méthode doit être utilisée pour accomplir le même résultat final.

Le kriya yoga s’intéresse davantage à la conscience qu’à la concentration. Par conscience, nous entendons l’attention consciente sur des pensées ou des objets, soit externes soit internes, sans nécessairement être focalisé sur un seul point. Simultanément, et c’est le plus important, le mot conscience implique que l’individu sait que son attention est à un endroit particulier ou sur un flux de pensée. Le mot implique une relation entre l’activité de perception et le percevant. Si une personne ne sait pas qu’elle perçoit quelque chose, alors elle n’est pas consciente. La conscience implique que l’individu n’essaie pas de supprimer un flux de pensées toujours surgissant, même si elles n’ont rien à voir avec la direction de sa perception; il laisse simplement les pensées surgir et disparaître, restant comme un témoin.

D’autres personnes pourraient comprendre quelque chose de différent par le mot conscience, mais l’explication précédente est ce que nous entendons dans ce cours. Quand une personne est suffisamment détendue, surtout dans les couches plus profondes de l’esprit subconscient, alors la conscience se focalisera sur un ou mènera à la concentration.

Le kriya yoga ne présuppose pas la concentration ni même le retrait de votre conscience de l’environnement extérieur. Ainsi, il est plus adapté à la plupart des gens aujourd’hui, puisqu’ils sont habitués à l’extraversion et à une conscience qui tend à se déplacer çà et là, et non à demeurer sur un point à l’exclusion des autres. Si vous ne pouvez pas vous concentrer et que votre perception consciente saute çà et là, cela n’a pas d’importance – continuez simplement vos pratiques de kriya yoga sans devenir inquiet ou frustré. Le kriya yoga ne vous demande pas de retirer votre esprit sur un point focal; il vous demande de faire justement le contraire – de réellement déplacer votre conscience, de faire tourner votre conscience d’un point à un autre.iii

Le mot même kriya signifie « activité » ou « mouvement », et dans ce contexte « activité ou mouvement de la conscience ». Le mot kriya signifie aussi « pratique » ou « préliminaire » et dans ce sens il signifie la pratique préliminaire qui mène au yoga; le yoga signifiant ici « l’aboutissement, l’union, le résultat final de la pratique », non le processus tel que nous le comprenons normalement. Ainsi comme nous l’avons déjà expliqué, contrairement à d’autres formes de yoga, le kriya yoga ne vous demande pas de freiner vos fluctuations mentales, mais vous demande de créer volontairement de l’activité dans votre conscience. De cette façon, les facultés mentales sont harmonisées et s’épanouissent jusqu’à leur plein potentiel, et la coordination est établie entre le système nerveux et le cerveau.

La source des pratiques du kriya yoga remonte à l’antiquité et a lentement évolué au fil du temps à travers la pratique et l’expérience. Finalement, les pratiques, ou kriyas, ont été écrites et peuvent encore être trouvées dans les nombreux textes tantriques. Ceux-ci étaient écrits en sanskrit, et à ce jour seulement quelques-uns ont été traduits dans d’autres langues. La forme complète du kriya yoga consiste en une combinaison de plus de soixante-dix kriyas. Parmi ceux-ci, environ vingt sont communément connus.

Le kriya yoga a été enseigné à de grands nombres de personnes à travers le monde. Beaucoup ont obtenu des bienfaits merveilleux, pourtant d’autres ont obtenu peu ou rien même s’ils avaient pratiqué régulièrement et avec enthousiasme. La faute réside généralement dans la séquence des pratiques. Si la séquence est erronée, alors le système du kriya yoga perd sa pleine puissance, car les différents kriyas entretiennent une relation étroite les uns avec les autres. Comme analogie, considérez la musique. Il y a un certain nombre de notes musicales. Si ces notes sont jouées dans un certain ordre, alors une belle musique peut en résulter. Si elles sont jouées dans une autre séquence, alors un bruit déchirant les oreilles peut en résulter. La séquence est de la plus haute importance. Il en est de même avec les pratiques du kriya yoga.

Une autre exigence importante pour la pratique réussie du kriya yoga est une préparation correcte. Encore une fois, beaucoup de gens apprennent le kriya yoga comme leur première introduction aux pratiques de yoga en général, et ainsi n’obtiennent que peu ou pas de bénéfice parce que leurs corps et esprits ne sont pas prêts et ils manquent de la capacité d’accomplir les techniques yogiques de base. Une préparation complète est essentielle et comprend les éléments suivants:

  1. Contrôle du corps et santé solide. C’est un objectif de base qui est atteint par le hatha yogaiv.
    1. Par « contrôle du corps », nous ne parlons pas du type de contrôle que les artistes de cirque ont développé, mais d’un contrôle suffisant pour accomplir avec aisance les pratiques yogiques, y compris le kriya yoga.
    2. La santé, il va sans dire, est de la plus haute importance, non seulement pour les pratiques plus avancées du kriya yoga, mais pour la vie quotidienne. Si vous avez une maladie ou de la douleur, il est très difficile de penser à autre chose, et encore plus d’essayer de pratiquer le kriya yoga ou toute autre forme supérieure de pratique yogique. Pour cette raison, l’objectif initial du yoga devrait être de vous faire rayonner de santé en éliminant les maux existants ou en améliorant votre condition actuelle de santé. C’est en faisant des asanasv, du pranayamavi et diverses techniques de nettoyage du corps, comme décrit dans les Livres I et II, que nous pouvons atteindre cet état de vitalité requis.

Une fois que nous avons atteint un contrôle suffisant du corps et recouvert la santé, alors les pratiques du kriya yoga deviennent très faciles, car la conscience peut suivre les techniques du kriya yoga sans être continuellement perturbée par l’inconfort corporel ou la maladie. Nous pouvons réellement oublier le corps et diriger notre conscience dans d’autres directions.

  1. Maîtrise des mudrāvii et bandhaviii. Ceux-ci seront pleinement discutés dans les leçons à venir. Cependant, comme brève description, nous pouvons dire que les mudras et les bandhas sont des méthodes de stimulation des plexus nerveux et des sécrétions endocriniennes, qui activent aussi les bio-énergiesix dans le corps. Les mudras sont aussi parfois destinés comme expressions symboliques de sentiments mentaux ou psychiques intérieurs. C’est une description très basique.
  2. Développement de la conscience du souffle. Qu’est-ce que la conscience du souffle? C’est très facile et peut être développé par n’importe qui avec de la pratique. C’est simplement être conscient du fait que: «J’inspire et j’expire ». Cela peut être fait même pendant que vous parlez, ou travaillez, ou quand l’esprit est engagé dans d’autres directions, ainsi que lorsque vous êtes assis confortablement les yeux fermés. Cela peut être fait à tout moment et dans toutes les circonstances, même pendant que vous lisez ces mots et comprenez simultanément tout ce qui est écrit. Avec la pratique, il est possible d’ entreprendre toutes vos activités quotidiennes et de toujours maintenir cette conscience du souffle.

La conscience de votre souffle implique que vous êtes simultanément conscient de votre conscience. En d’autres termes, si vous êtes conscient que vous respirez, alors vous êtes automatiquement conscient de votre propre conscience. La plupart des gens oublient le fait qu’ils sont doués de conscience et ont la capacité1; ils sont tellement absorbés dans leurs processus de pensée et leurs actions qu’ils font les choses automatiquement. Ainsi, en étant conscient de votre souffle, vous savez continuellement que vous êtes conscient de votre être conscient; vous ne vous perdez plus dans l’activité mentale et physique. C’est un point très important à retenir.

Comme légère digression, considérez la différence entre un animal et un être humain. Un animal mange de la nourriture, dort et accomplit diverses autres activités au cours de sa vie. Un être humain mange aussi de la nourriture, dort, etc. mais a une caractéristique distinctive: la capacité de savoir qu’il agit, alors qu’un animal accomplit diverses actions sans le savoir. Il y a aussi une différence distincte entre divers stades de développement humain. Tous les humains pensent, pourtant certains qui sont plus conscients sont capables de s’observer en train de penser. Ils sont capables de se placer en dehors d’eux-mêmes et d’observer conmment s’enchaînent les pensées dans leur conscience. C’est le but de la conscience du souffle: vous rappeler continuellement votre capacité d’être conscient de votre conscience et d’être un témoin ou un spectateur de vos activités mentales et physiques. La conscience du souffle est une partie essentielle du kriya yoga.

  1. Localisation et familiarité avec les passages psychiques et les chakras. Un passage psychique est un chemin ou un canal dans lequel votre conscience du souffle, ou conscience psychique peut circuler ou se déplacer. Il existe divers chemins différents, dont l’un est au centre de la colonne vertébrale, de haut en bas. Il est facile de décrire la route du passage psychique, mais le praticien doit développer et expérimenter le flux de conscience du souffle dans le passage psychique par lui-même. On doit être conscient du souffle et sentir le mouvement du souffle dans le passage.

Il y a une bonne raison pour laquelle cette rotation ou ce mouvement de la conscience est une partie intégrante du kriya yoga. Ces passages psychiques traversent divers plexus nerveux dans le corps, particulièrement ceux qui concernent les systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Le simple fait que vous soyez conscient de ces endroits a une influence stimulante qui éveille les impulsions nerveuses, qui provoquent des changements psychologiques et biochimiques dans le corps. Cela peut être expérimenté même après une courte période de pratique sous forme de calme, de tranquillité et de clarté de pensée. La raison de ce résultat est que ces plexus sont connectés directement aux centres cérébraux et aux glandes endocriniennes. D’une signification particulière sont les deux flux nerveux parasympathiques dans la région de la base de la colonne vertébrale et du sommet de la colonne vertébrale. Le système nerveux parasympathique tend à réduire la tension nerveuse, en opposition au système nerveux sympathique, qui tente de produire de la tension et la disponibilité de l’esprit et du corps à résister aux événements externes. La conscience des parties inférieure et supérieure de la colonne vertébrale ou des passages psychiques spinaux est une partie importante du kriya yoga. Cela provoque la relaxation du corps et de l’esprit en stimulant le système nerveux parasympathique. De plus, il y a beaucoup d’autres facteurs impliqués, cependant ils seront expliqués plus tard.

Le kriya yoga a été traditionnellement associé au secret, puisque ses méthodes étaient toujours transmises de guru à disciple de bouche à oreille. En raison de ce système d’enseignement, beaucoup de mythes ont surgi. Les gens sont venus à la conclusion que le kriya yoga est un système secret, destiné seulement à quelques-uns. Certaines personnes ont commencé à croire qu’on doit posséder beaucoup de qualifications spéciales pour apprendre et pratiquer le kriya yoga et qu’on doit être célibataire avec une stricte abstinence sexuelle. Toutes ces idées sont totalement fausses. Le kriya yoga peut être pratiqué par toutes les personnes sans exception. Pourquoi devrait-il être limité à quelques personnes choisies? Nous soulignons cependant qu’une préparation adéquate est essentielle pour des résultats positifs; mais dans ce sens ce n’est pas différent de tout ce que vous apprenez ou étudiez dans la vie. Si vous voulez perfectionner n’importe quelle compétence, que ce soit mécanique, médicale ou autre, vous devez commencer par les principes et techniques de base. Le kriya yoga ne vous demande pas de vous abstenir de votre vie sexuelle. Pourquoi le devrait-il? L’activité sexuelle est une partie naturelle de la vie, alors pourquoi s’en abstenir? Le kriya est issu du système ancien du tantrax, et de tous les systèmes spirituels, le tantra est le plus compréhensif concernant la vie sexuelle. En fait, dans des circonstances correctes, le tantra a encouragé l’utilisation du sexe comme moyen d’évoluer spirituellementxi. Bien sûr, il y a beaucoup d’écrits sur la conservation de l’énergie sexuelle et sa sublimation en pouvoir spirituel. Cette idée a été malheureusement mal comprise. Quand les gens écrivent sur la sublimation de l’énergie sexuelle et sa direction vers des canaux supérieurs, ils manquent généralement tout le point. La transformation du fluide séminal en ojasxii ou pouvoir spirituel est souvent mentionnée mais encore mal comprise. En réalité, c’est la transformation des pensées sexuelles en directions spirituelles qui est sous-entendue ici. Beaucoup de gens gaspillent d’énormes quantités de pouvoir mental et d’énergie en demeurant continuellement sur des fantasmes sexuels et ainsi de suite. Si cette même énergie pouvait être canalisée vers des poursuites spirituelles, alors beaucoup de fruits pourraient être obtenus. Il n’est pas nécessaire de s’abstenir des relations sexuelles. Continuez vos relations sexuelles, mais ne demeurez pas continuellement sur des pensées sexuelles. Dirigez votre esprit dans d’autres directions, pas nécessairement spirituelles; vers le travail, l’étude ou tout ce qui vous intéresse. De cette façon, vous trouverez de nouvelles dimensions de pouvoir dans votre pensée et vos activités physiques. C’est la signification de la sublimation de l’énergie sexuelle. La pratique du kriya yoga ne vous demande définitivement pas de changer votre mode de vie.

L’enseignement de différentes techniques de yoga, nous a permi de constater une différence nette et remarquable entre la réaction des gens au kriya yoga et celle qu’ils peuvent avoir face aux autres systèmes qui exigent un effort de concentration. Quand ils essaient de se concentrer, ils ont tendance à devenir plus tendus et à développer des maux de tête — le contraire, bien sûr, de ce qui est visé. Au bout de peu de temps, ils deviennent frustrés, commencent à perdre intérêt pour les pratiques, se mettent à se gratter et à s’agiter, et se sentent généralement mal à l’aise. Ils commencent à ouvrir les yeux, et leur conscience se met à errer plus qu’elle ne le faisait avant le début des pratiques. Il semble y avoir une réaction à cette concentration: leur esprit se rebelle et fait exactement le contraire de ce qui est attendu. Avec le kriya yoga, cependant, il y a une différence notable. Parce qu’on ne leur demande pas de se concentrer profondément, mais seulement de faire leurs pratiques, la conscience semble se détendre et se focaliser spontanément. La conscience est comme un enfant espiègle. Si vous lui dites de faire une chose, elle fera exactement le contraire. Donc en lui demandant de se concentrer, elle se mettra plutôt à vagabonderxiii. Dans le kriya yoga, en lui demandant de vagabonder si elle le souhaite, elle semble alors vouloir s’unifier et se focaliser sur un seul point. À partir de cet état, la méditation peut spontanément surgir et votre conscience peut commencer à explorer les vastes couches de l’esprit subconscient et inconscient.

Quand vous commencez à comprendre et à savoir ce qui se trouve dans les recoins plus profonds de votre esprit, le vaste réservoir mental dont vous n’êtes normalement pas conscient, c’est alors que vous pouvez commencer à éradiquer les phobies et les peurs, les complexes et les tensions qui rendent votre vie malheureuse. Ce sont ces samskaraxiv mentaux (impressions) négatifs subconscients qui agissent continuellement sous la surface de votre conscience normale et causent des perturbations mentales. Souvent vous vous sentez malheureux et déprimé. Parfois vous pouvez le savoir, mais généralement vous ne comprenez pas pourquoi vous vous sentez ainsi, vous savez seulement que vous vous sentez ainsi. La cause réside dans ces peurs, phobies, mauvais souvenirs, etc. En devenant conscient d’eux, en fouillant dans l’esprit, vous commencez automatiquement à neutraliser leur influence négative sur votre vie. Si vous ne savez pas quelle est la cause profonde de votre malheur, comment pouvez-vous rectifier la situation? Plus vous éliminez ces problèmes, plus votre vie deviendra heureuse. C’est aussi le moyen de guérir les déséquilibres émotionnels, les troubles nerveux et de tous les différents types de problèmes psychologiques qui affligent les gens à travers le monde. D’autres méthodes pour rendre la vie des gens plus heureuse ont été essayées mais il n’y a qu’une seule voie sûre – détendez votre esprit, connaissez-le et jetez les ordures qui s’y trouvent.

Le premier obstacle dans le yoga est la difficulté de parvenir à relaxer l’esprit tout en étant pleinement conscient. Si vous pouvez atteindre un degré suffisant de relaxation mentale, alors automatiquement votre conscience commencera à s’introvertir – à explorer l’esprit. Cela se produira probablement aux niveaux superficiels d’abord, mais finalement vous commencerez à voir vos problèmes plus profonds sous forme de visions symboliques. C’est le stade où vous commencez vraiment à éliminer vos problèmes plus profonds. Si vous détendez l’esprit puis dormez, vous ne gagnerez rien parce que vous ne serez pas conscient de votre esprit et de ses contenus. Votre conscience n’est pas là.

Nous avons constaté que la méthode idéale pour l’Homme d’aujourd’hui est le kriya yoga. Sans supprimer la tendance à l’errance de la conscience et causer ainsi plus de tension dans l’esprit qu’il n’y en avait au départ, le kriya yoga vise à rendre votre conscience spontanément focalisée sur un seul objet. De cette façon, votre conscience s’introvertit automatiquement et ainsi les activités de l’esprit commencent à se remodeler pour finalement provoquer un état d’équanimité ou de tranquillité. Le kriya yoga vous permet de filtrer le bourbier, le marécage de complexes, de peurs, etc. dans votre esprit qui font de la vie une affaire malheureuse. Aucune tension ni effort mental n’est requis pour éliminer ces problèmes. Vous faites simplement vos pratiques et au fil du temps votre esprit deviendra plus clair.

Il n’y a aucune restriction ni barrière pour ceux qui veulent pratiquer le kriya yoga. Votre âge, votre alimentation, votre position sociale, votre religion ou quoi que ce soit, ne vous empêcheront pas de pratiquer. Tout ce dont vous avez besoin est l’intérêt et l’effort pour changer votre vie.

Notre intention est de rendre le système du kriya yoga disponible à tous ceux qui sont intéressés, parce que de grands nombres de personnes sont maintenant prêtes à récolter ses bienfaits, pourtant elles ne le peuvent pas parce que, tout simplement, elles ne connaissance pas l’existence de ce système. Si vous sentez que le kriya yoga est pour vous, alors nous espérons que vous entreprendrez sincèrement les pratiques systématiquement éclairées dans ce livre, et commencerez aujourd’hui à vous préparer pour sa science subtile.

1«Most people forget the fact that they are aware or conscious;»

i*vikṣepa* (विक्षेप), forme nominative *vikṣepaḥ*. Étymologie: composé du préfixe *vi-* (वि, indiquant séparation, dispersion, distinction) et de la racine verbale *kṣip* (क्षिप्, «jeter, lancer»), avec le suffixe nominal *-a*. Le sens littéral est donc «action de jeter çà et là, dispersion, projection». Dans les Yoga Sūtra et la littérature yogique, *vikṣepa* désigne précisément la «distraction», c’est-à-dire l’errance du mental d’un objet à un autre, l’incapacité à demeurer concentré sur un seul point.

iiक्रिया योग: kriyā – क्रिया, féminin; et yoga – योग, masculin.

Étymologie de kriyā: dérivé de la racine verbale sanskrite kṛ (कृ), qui signifie «faire, accomplir, exécuter». Le suffixe -yā forme un nom d’action féminin. Kriyā signifie donc littéralement «action, acte, effort, pratique». Le mot karma provient de la même racine kṛ (avec le suffixe -man).

Étymologie de yoga: dérivé de la racine yuj (युज्), «joindre, unir, atteler». Yoga signifie «union, jonction» — d’où le sens technique de «discipline visant l’union».

Sens composé: kriyā yoga signifie donc étymologiquement «yoga de l’action» ou «union par la pratique/la technique». Dans les Yoga Sūtra de Patañjali (2.1), l’expression désigne spécifiquement les trois composantes pratiques:

  • tapas (discipline/austérité),
  • svādhyāya (étude de soi), et
  • īśvarapraṇidhāna (abandon à Dieu).

Dans la tradition popularisée par Yogananda, le terme désigne un ensemble de techniques de prāṇāyāma et de concentration visant la réalisation du Soi.

iii[NdT] Cela nous fait penser à la pratique des rêves éveillés guidés, et le paragraphe suivant semble confirmer cette idée. D’ailleurs Swami Satyananda Saraswati a également écrit un ouvrage consacré au yoga nidra (योग निद्रा), la forme indienne de la pratique du rêve éveillé introduite par C.G. Jung en Occident.

ivहठ योग: haṭha – हठ, masculin/neutre; et yoga – योग, masculin.

Étymologie de haṭha: le mot est traditionnellement analysé comme un composé de ha (ह) et ṭha (ठ), deux syllabes auxquelles la tradition attribue une valeur symbolique:

  • ha représenterait le soleil (prāṇa (प्राण), souffle chaud, énergie solaire, canal droit/piṅgalā (पिङ्गला)), et
  • ṭha la lune (apāna (अपान), souffle froid, énergie lunaire, canal gauche/iḍā (इडा)).

Haṭha yoga signifierait donc «yoga de l’union du soleil et de la lune», c’est-à-dire l’harmonisation des souffles opposés. Cette étymologie est traditionnelle et symbolique, non strictement linguistique.

Sur le plan philologique, haṭha signifie «force, violence, contrainte, effort violent» (d’où l’idée de pratique énergique, de discipline rigoureuse). Certains textes (notamment la Haṭhayogapradīpikā (हठयोगप्रदीपिका)) jouent sur les deux niveaux: l’effort intense (haṭha) et l’union des énergies solaire et lunaire.

vआसन dérive de la racine verbale sanskrite ās (आस्), qui signifie «s’asseoir». Le suffixe nominal -ana indique l’action, formant ainsi un nom d’action neutre. Le sens littéral est donc «l’acte de s’asseoir» ou «la manière de s’asseoir».

Sens dans le yoga: posture stable et confortable, en particulier la posture assise utilisée pour la méditation. Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, āsana constitue le troisième membre (aṅga) des huit membres du yoga.

viप्राणायाम composé de prāṇa (प्राण) et āyāma (आयाम).

  • prāṇa (प्राण): dérivé du préfixe pra- (en avant) et de la racine an (respirer), signifiant «souffle», «respiration», «force vitale».
  • āyāma (आयाम): dérivé du préfixe ā- (vers) et de la racine yam (contrôler, maîtriser, retenir), signifiant «contrôle», «retenue», «extension».

Il existe deux interprétations principales:

  1. l’une met l’accent sur le «contrôle du souffle» (prāṇa + āyāma, contrôle de la respiration);
  2. l’autre, selon certains commentateurs, interprète āyāma comme «expansion», signifiant «extension de l’énergie vitale».

Sens dans le yoga: pratiques respiratoires visant à contrôler et diriger le prāṇa (force vitale), constituant le quatrième membre des huit membres du yoga de Patañjali.

viiमुद्रा est généralement considéré comme signifiant «sceau» ou «marque». Son origine étymologique précise est débattue; certains chercheurs suggèrent qu’il pourrait être emprunté à l’ancien iranien, mais cela reste une hypothèse. 

Sens dans le yoga: dans le contexte du haṭha yoga, mudrā désigne des gestes, postures ou sceaux symboliques ou rituels. Ils peuvent être aussi simples qu’une position des mains (hasta mudrā – हस्त मुद्रा) ou aussi complexes qu’une combinaison de posture du corps entier, de prāṇāyāma, de bandha et de visualisation, dans le but de guider le flux de prāṇa et d’éveiller la kuṇḍalinī (कुण्डलिनी).

viiiबन्ध dérivé de la racine sanskrite bandh (बन्ध्), signifiant «lier, attacher, fixer». Le sens littéral du nom est donc «liaison, lien, fixation». 

Sens dans le yoga: désigne une «serrure» ou «verrou» corporel interne, c’est-à-dire une contraction musculaire spécifique visant à verrouiller et retenir le prāṇa (souffle vital) dans le tronc, l’empêchant de se disperser, et à rediriger son flux vers l’intérieur. Les trois bandha principaux sont

  • mūla bandha (बन्ध मूल, serrure racine),
  • uḍḍīyana bandha (उड्डीयन बन्ध, serrure abdominale) et
  • jālandhara bandha (जालंधर बन्ध, serrure de la gorge).

Remarque complémentaire: dans la littérature classique du haṭha yoga (comme la Haṭhayogapradīpikā), les bandha sont souvent classés comme une catégorie de mudrā, et les deux sont souvent pratiqués conjointement.

ixL’Oxford English Dictionary définit « bio-energy » comme une «énergie d’un type distinctif conçue comme étant produite à l’intérieur des organismes vivants», sous-tendant diverses formes de thérapies holistiques, et désignant une «énergie vitale, force de vie». D’autres dictionnaires la définissent comme «l’idée que tous les êtres vivants contiennent de l’énergie».

Dans le contexte du Kriya Yoga, cette «bio-énergie» correspond au prāṇa (प्राण) — la force vitale subtile que les pratiques de prāṇāyāma, de mudrā et de bandha visent à réguler et à activer dans le corps.

xतन्त्र dérive de la racine verbale sanskrite tan (तन्), qui signifie «étendre, dérouler, continuer, multiplier». Le suffixe nominal -tra (त्र) forme un nom d’instrument ou d’action. Le sens propre de tantra (तन्त्र) est donc «trame, chaîne d’un tissu», c’est-à-dire le fil tendu qui sert de support au tissage. De là découlent les sens figurés de «système, doctrine, texte fondateur», par l’idée d’une «trame» de connaissances tissées ensemble, ou de «succession, déroulement».

Sens dans le contexte du yoga: dans la tradition indienne, tantra (तन्त्र) désigne un vaste corpus de textes et de pratiques, souvent associés au shivaïsme du Cachemire, au shaktisme et à certains courants bouddhiques. Le terme ne se réduit pas au seul rituel; il englobe des systèmes cosmologiques, des techniques de visualisation, l’usage de mantras (मन्त्र), de yantras (यन्त्र) et de mudrā (मुद्रा), ainsi qu’une voie d’éveil de l’énergie (śakti (शक्ति)) et de la kuṇḍalinī (कुण्डलिनी).

xiMalheureusement, Swami Satyananda Saraswati semble s’être retrouvé dans de sales draps…

xiiओजस्, prononcé approximativement /óːdʒɐs/ (API), translittéré aussi oyas, est généralement rattaché à une racine indo-européenne aug- signifiant «augmenter, accroître», d’où dérivent le latin augere (augmenter), augustus (consacré, vénérable) et auxilium (secours). Le sanskrit ojas (ओजस्) est ainsi apparenté à l’idée de «force accumulée, plénitude de vigueur». En sanskrit classique, il signifie d’ailleurs «force, vigueur, énergie, puissance, splendeur».

Sens dans le contexte du yoga et de l’āyurveda (आयुर्वेद): ojas (ओजस्) désigne l’essence la plus subtile des tissus corporels (dhātu – धातु), une forme de «fluide vital» ou d’énergie de vitalité concentrée, souvent associée au cœur et diffusée dans tout le corps. Une diminution d’ojas (ओजस्) entraîne faiblesse, fatigue et vulnérabilité à la maladie. Dans la tradition du yoga, notamment chez Vivekananda, ojas (ओजस्) est décrit comme une énergie stockée dans le cerveau, qui peut être accrue par la sublimation de l’énergie sexuelle: «la même force qui s’exprime comme énergie sexuelle se transforme facilement en ojas lorsqu’on la retient et qu’on la dirige».

xiiiÀ rappocher – peut-être? – de ce qui se passe lorsqu’on entend une phrase du type « les éléphants roses n’existent pas » – quelle image mentale venez-vous d’avoir en lisant ce qui est entre guillements?

xivसंस्कार dérive de la racine verbale saṃskṛ (संस्कृ), elle-même composée du préfixe sam- (सम्-), «ensemble, complètement», et de la racine kṛ (कृ), «faire, accomplir». Le sens littéral est donc «action de rendre complet, de perfectionner, de purifier». Le suffixe nominal -a (घञ्) forme le nom d’action.

Sens dans le contexte du yoga et de la philosophie indienne: saṃskāra (संस्कार) désigne les «impressions latentes» ou «traces mentales» laissées par les actions, expériences et pensées passées, qui conditionnent les tendances et réactions présentes. Dans les Yoga Sūtra de Patañjali, les saṃskāra (संस्कार) sont les dispositions subconscientes qui alimentent le cycle des vṛtti ((वृत्ति, fluctuations mentales) et perpétuent l’ignorance; la pratique du yoga vise à atténuer puis à neutraliser leur pouvoir par la création de saṃskāraopposés issus de la sagesse du samādhi (समाधि).

Autre acception : dans le contexte rituel hindou, saṃskāra (संस्कार) désigne également les rites de passage (purification, initiation, mariage, etc.) qui «parfont» l’individu à différentes étapes de la vie.

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