L’espace-temps

À l’image de la croix, dont l’axe vertical manifeste la transcendance, c’est-à-dire l’immortalité ou l’éternité (la non-durée), et l’axe horizontal le temps, avec le présent au centre, le passé à l’Est et l’avenir à l’Ouest; ou encore à l’image de la dialectique entre le moi essentiel (Tipheret relié à Kether), c’est-à-dire le guide intérieur, la petite voix qu’on peut voir comme la petite flamme intérieure toujours présente1, car éternelle (hors de la durée), et le moi existentiel (Yesod, la persona, l’ego) pris dans lianes contraignantes du temps, l’espace-temps illustre cette dualité propre au monde manifesté, avec le pôle mortel (le temps) et le pôle éternel (l’espace) – l’infini (espace) comprimé dans le fini (temps). L’espace en effet n’est pas dans « l’espace » physique. L’espace n’est rien de tel qu’un contenant des choses matériel de l’univers – cette nécessité d’un contenant est purement une conséquence grammaticale, elle n’a rien d’ontologique. L’espace n’est pas un objet physique, mais un objet mathématique qui permet de mettre intellectuellement en relation ces choses matérielles. Les objets mathématiques, comme les archétypes, sont idéaux, c’est-à-dire hors de l’espace-temps d’Einstein; ils n’ont pas de durée, ils sont éternels, incorruptibles – le temps qui passe n’a aucun effet sur eux.

Dans Quelques réflexions sur le temps, Aldous Huxley nous rappelle que

Toutes les traditions philosophiques et religieuses du monde considèrent le temps comme un ennemi trompeur, une prison et une chambre de torture.

En cette époque de Fin des Temps, on ne s’étonnera pas de voir la puissance d’une idée aussi métaphysiquement absurde que celle d’Évolution. Cette doctrine darwiniste aux fondements scientifiques discutables d’un point de vue épistémologique2, est devenu le nouveau credo des sociétés dont l’inconscient collectif est dominé par l’athéisme matérialiste et la croyance que nous ne sommes qu’un sac de molécules dont le temps a permis, par hasard bien sûr et en suivant les lois non téléologiques de l’Évolution, une complexification qui produisit l’épiphénomène3 que serait la conscience et ses objets illusoires que seraient des choses comme l’Âme ou Dieu.

Par conséquent, sous l’influence des théories de l’évolution, le temps est considéré comme créateur des valeurs les plus hautes, en sorte que Dieu en est l’émanation, le produit du flux à sens unique de l’éternel périssable, et non (comme dans les religions traditionnelles) l’intemporel témoin du temps qui transcende le temps et qui, du fait de cette transcendance, est capable de lui être immanent.

Aldous Huxley: Quelques réflexions sur le temps

Huxley nous indique une pratique spirituelle pour utiliser le temps comme moyen d’élévation il s’agit de s’exercer à transcender le temps, pour se frayer la voie vers l’intuition de l’espace intemporel:

Tous les biens temporels sont des moyens destinés à être dépassés; ils ne doivent pas être traités comme des fins en soi.

biens matérielsApprécier spécialement ceux qui font vivre le corps, notre temple où se réalise l’objet ultime de l’Homme, son identification avec la Source.
biens morauxEn plus de leur valeur utilitaire, leur plus grande valeur réside dans leur encouragement à l’altruisme, qui, selon Huxley, est la condition première de la prise de conscience de l’éternité.
biens intellectuelsVérités qui en dernière analyse dissipent les illusions et les préjugés qui éclipsent Dieu.
biens esthétiquesPrécieux en tant que symboles de la connaissance unitive de la réalité intemporelle et qu’ils sont analogues à cette réalité.

Considérer que l’un ou l’autre de ces biens temporels est autosuffisant ou un but en soi, c’est tomber dans l’idolâtrie. Et l’idolâtrie […] engendre au mieux l’abrutissement et au pire des désastres.

  1. La pratique du trataka est une aide pour parvenir, à terme, à voir sur son écran intérieur – c’est-à-dire les yeux fermés -, cette flamme, représentant la source éternelle de l’élan vital en nous. ↩︎
  2. La légitimité de cette assertion sera exposée dans un prochain article. ↩︎
  3. William James, dans son ouvrage Principles of Psychology (1890), utilise ce terme pour décrire la conscience comme une manifestation secondaire sans influence sur les processus physiologiques sous-jacents. Un épiphénomène (du grec ancien επι, epi, sur) est un effet qui découle d’un phénomène (événement observable, fait) parent sans exercer d’influence en retour sur lui. Autrement dit, c’est une manifestation secondaire, une conséquence, un aspect ou une apparence particulière d’un phénomène premier sous-jacent, et non un autre phénomène indépendant; il est simplement un reflet ou la conséquence du premier. Par extension, et c’est une tendance récente, le terme épiphénomène est également employé de plus en plus fréquemment dans la langue courante pour parler d’un phénomène d’importance moindre ou de rôle secondaire en comparaison d’un autre phénomène plus important ou majeur.
      ↩︎

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