Karl Popper revisité: (100.) Introduction

Extraits traduits de l’original anglais, d’Alexander Naraniecki 2014; avec ma libre reconstruction et insèrtion de commentaires et de sous-titres.

Nouveau regard sur Popper et le poppérisme et son antrhopologie

Ce livre rompt avec le récit traditionnel, qui met l’accent sur le rôle du Cercle de Vienne. Cette étude se concentre plutôt sur la centralité du problème kantien de la critique transcendantale, tel que Popper l’a formulé dans Die beiden Grundprobleme der Erkenntnistheorie (1932-33). Le lvire retrace la lutte que Popper a menée toute sa vie (né le 28 juillet 1902 à Vienne et mort le 17 septembre 1994 à Londres) contre ce problème. Est présenté ici la libération progressive de Popper des contraintes de la philosophie falsificationniste et sa légitimation croissante du transcendantal, en particulier dans ses derniers travaux ontologiques. Popper utilisait l’ontologie comme une heuristique permettant d’intégrer les différents domaines de la connaissance et de guider la recherche scientifique. Une telle métaphysique lui a permis d’intégrer d’une manière non testable des connaissances provenant de divers domaines, ce qui aurait été autrement interdit par son falsificationnisme. Ainsi, le rationalisme critique est considéré, dans une perspective évolutionniste, à la fois comme une théorie de l’esprit et comme une épistémologie destinée à guider la résolution de problèmes pratiques et les méthodes de recherche scientifique. Le trait distinctif de ce rationalisme critique ou évolutionniste est son « ouverture » ou l’accent mis sur les capacités cognitives et de résolution de problèmes émergentes qui, à leur tour, donnent lieu à de nouveaux problèmes. Cette compréhension des capacités cognitives émergentes est au cœur de l’anthropologie de Popper. L’épistémologie, la « théorie de la cognition » ou même la méthodologie ne peuvent être considérées comme entièrement séparées du « sujet connaissant ». La connaissance objective ne peut être comprise que par rapport à ce sujet connaissant situé dans un contexte problématique particulier. Ainsi, l’épistémologie de Popper est aussi une théorie de l’action, ou une praxéologie.

De manière générale, Popper peut parfois être considéré comme aristotélicien, kantien, platonicien, mais aussi hégélien et humien, en fonction des arguments et des théories qu’il aborde, des méthodes qu’il soutient ou qu’il déploie.

L’auteur soutient que Popper, tout comme Wittgenstein, a été considéré à tort comme un philosophe analytique de style anglo-saxon. Ce livre propose une interprétation de la philosophie mature de Popper. En effet, le platonisme sous-jacent de Popper signifie qu’il a beaucoup plus en commun avec des penseurs tels que Hegel, le philosophe qu’il qualifiait de faux prophète, qu’on ne l’a traditionnellement supposé. Plutôt que de rejeter ou de minimiser la tendance platonicienne de ses derniers écrits comme une folie de vieillesse, ce livre la considère comme l’apothéose de son système. Ainsi, l’objectif de ce livre est d’inverser l’ordre d’importance d’un grand nombre de textes de Popper, et de montrer comment sa théorie de l’esprit peut être considérée comme l’apothéose de son système. Pour en revenir à Karl Popper, bon nombre des indices les plus importants de son système sont souvent cachés dans les notes de bas de page ou dans les révisions ultérieures. En effet, les œuvres les plus connues de Popper sont étonnamment trompeuses:

  • Son « tract » politique, La société ouverte et ses ennemis, est plus un traité sur la vérité et la logique, le logicien polonais Alfred Tarski étant davantage mentionné dans les notes que Marx.
  • The Logic of Scientific Discovery n’est pas en soi une discussion sur une telle logique, qui reste « inconnue », mais fournit plutôt une nouvelle hypothèse sur la cognition humaine résultant de ce que Popper pense savoir de nos facultés cognitives et de la manière dont elles fonctionnent dans l’apprentissage et la formation de théories. Les découvertes sont cumulatives et progressives, mais aucune logique connue ne garantit leur répétition.

Une constante chez les dominants: ne pas s’appliquer à eux-mêmes les critères « inviolables » qu’ils imposent aux autres – à moins d’avoir une lecture plus charitable et moins analytique de l’oeuvre poppérienne dans son évolution

Le problème flagrant dans la philosophie de Popper repose sur les restrictions qu’il a initialement imposées aux normes d’argumentation raisonnable à travers son falsificationnisme. Cette restriction a été remise en question par son besoin de créer des arguments non testables (ou irréfutables) qui n’étaient pas à la hauteur de cette norme elle-même. Ce problème pour la philosophie de Popper est apparu dans sa théorisation ultérieure plus spéculative et non testable sur l’émergence de systèmes sociaux et ontologiques complexes. Ces arguments commençaient souvent par un avertissement selon lequel « ils ne devaient pas être pris trop au sérieux ».

Cela a abouti à une modération de sa position sur les normes de vraisemblance pour les discussions rationnelles, afin d’inclure la possibilité d’hypothèses non testables, à condition que la personne qui les formule comprenne les dangers épistémiques, soit capable de cultiver une attitude autocritique et non dogmatique impliquant une hostilité envers ses propres théories et un désir de remplacer ces théories si une erreur, une conséquence néfaste ou une incohérence est discernée. L’auteur ne présente pas ici une « révision » de Popper, mais propose plutôt une nécessaire révision de son interprétation anglo-analytique actuelle.

Son ontologie du Monde 3 a été largement négligée dans le monde anglophone, qui l’a considérée comme une sorte de folie relevant de son âge avancé, et souvent rejetée comme l’œuvre d’un philosophe analytique à l’esprit positiviste qui est allé trop loin et a fini dans une sorte d’exercice de construction de système métaphysique hégélien. Ce livre soutient que Popper n’était pas un positiviste et que sa pensée cosmologique-ontologique ultérieure partageait certains traits avec Hegel. Toutefois, il ne s’agissait pas d’un exercice de construction de système au sens traditionnel du terme. La similitude entre certains aspects de sa pensée et celle de Hegel est plutôt due à un néo-platonisme partagé entre les deux auteurs.

Popper est arrivé à ce néo-platonisme par le biais de son étude de la linguistique évolutionniste et de l’émergence de l’esprit. Ces études lui ont donné l’idée de structures intrinsèques de l’apprentissage et de fonctions cognitives qu’il a très tôt appliquées:

  • au développement de l’enfance;
  • aux débats concernant l’interprétation de Copenhague;
  • et, plus tard, à une critique de la psychologie sociale des sociétés fermées.

Grâce à la linguistique évolutionniste, il a pris conscience de la réalité des produits non physiques de l’esprit humain, tels que les arguments et les théories, qui jouent néanmoins un rôle fondamental dans la façon dont les humains s’adaptent à l’environnement. Popper continuera à explorer le rôle que ces aspects « transcendants » de l’univers physique jouent dans l’apprentissage, non seulement pour la façon dont les humains apprennent, mais aussi pour la façon dont la vie apprend et la façon dont les esprits, y compris les systèmes complexes ordonnés non humains, émergent. D’un point de vue de sa cosmologie, l’apprentissage est considéré comme une caractéristique fondamentale de l’univers et est au cœur non seulement de la manière dont nous construisons notre cosmos, dans une perspective réaliste, mais aussi de la manière dont nous-mêmes, notre personnalité et notre intelligence coexistent avec notre cognition formatrice de monde, qui est le produit de notre besoin adaptatif – de notre besoin écologique au sens vrai. Popper est ainsi parvenu à une sorte de néo-platonisme du XXe siècle, informé par un réalisme scientifique réceptif aux caractéristiques non proportionnelles de l’univers, et à des conceptions de l’être et de la réalité qui suivent le même chemin que Platon et Hegel.

C’est aujourd’hui plus pour son modèle théorique de l’apprentissage qui pourrait servir à l’IA que pour son falsificationnisme méthodologique que Popper pourrait être encensé

David Deutsch, l’inventeur de l’informatique quantique, a appelé à un retour à Popper, mais à sa théorie cognitive plutôt qu’à sa méthodologie falsificationniste plus connue. Deutsch a récemment affirmé que, dans le domaine de l’intelligence artificielle, les modèles informatiques basés sur des théories inductivistes de l’intelligence ou des modèles « entrée-sortie » ne conduiront jamais à quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la création d’une intelligence, quelle que soit la quantité de données introduites et traitées. Deutsch a fait valoir que les scientifiques travaillant dans le domaine de l’intelligence artificielle ont besoin d’une nouvelle théorie de l’esprit et de l’apprentissage, une théorie qui, selon lui, a été esquissée par le modèle hypothético-déductiviste de Popper. Lentement mais sûrement, la théorie de l’apprentissage de Popper commence à être apprécié.

Popper et la communauté juive

En raison de son baptême, de son hostilité à l’ethno-tribalisme et de son universalisme d’inspiration plutôt paulinienne, Popper a été largement rayé de l’histoire intellectuelle juive, malgré son milieu et sa culture intellectuelle juifs viennois très « typiques ».

On constate, aux États-Unis et dans certaines régions d’Amérique du Sud comme l’Argentine, un regain d’intérêt historique pour les penseurs libéraux pendant la guerre froide, et en particulier les penseurs juifs d’Europe centrale. Cependant, en se concentrant sur les tracts politiques de Popper, une grande partie de ses écrits et de sa pensée est souvent ignorée. En outre, ses arguments sociaux-démocrates sont souvent ignorés par les libertaires qui s’approprient sa pensée, bien que de manière très sélective et biaisée.

La pensée de Popper s’inscrit dans un cadre néo-kantien, tout en incorporant un ensemble d’arguments et de soutiens issus d’un assortiment éclectique de traditions intellectuelles d’Europe centrale à partir desquelles il a développé ses positions politiques et métaphysiques. Popper est considéré comme un exemple de la réalité transnationale et multilingue de la recherche en Europe centrale qui, comme l’a montré Hacohen, a été rendue possible par la particulière sensibilité cosmopolite viennoise.

Voir la suite de ce topique ici.


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