CHAPITRE V: Le Baptême du Seigneur

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[101] Nous avons choisi le 15 janvier pour la célébration du Baptême de notre Seigneur. Nous ne savons pas si c’est la date anniversaire de cette occasion, car l’Église a perdu la date exacte, pour autant que nous le sachions. Le récit évangélique de ce baptême nous dit que Jésus lui-même est venu voir son précurseur, Jean le Baptiste, et a demandé que ce rite Lui soit administré. Dans son humilité, s’y est naturellement opposé, et a dit: « J’ai besoin d’être baptisé par toi, et que tu viennes à moi! », c’est-à-dire: « Tu es beaucoup plus généreux et plus développé que moi, pourquoi veux-tu être baptisé par moi? Et Jésus dit: « Souffrons qu’il en soit ainsi maintenant, car ainsi il nous appartient d’accomplir ce qui se doit être fait [righteousness]. » Il accepta donc le sacrement. Voilà ce qu’il voulait évidemment dire: « C’est la marque d’une certaine étape. Dans ma naissance, je dois aussi accomplir la loi – le cours normal de tous ceux qui essaient d’atteindre les niveaux supérieurs – et, bien que je sois en vérité au-delà de tout cela, dans le monde extérieur, je dois satisfaire à toutes les exigences de la morale [righteousness]. Je dois passer par toutes ces étapes comme n’importe qui d’autre: « Ainsi, si le plus grand des saints revenait sur terre et renaissait, il passerait par tous les sacrements de l’Église, par le baptême et la confirmation, même s’il est bien au-delà de ce qu’ils signifient ou symbolisent pour nous.

‘ ‘ Jésus est donc passé par là et, comme un exemple parfait, il nous a montré que nous devrions aussi passer [102] par tous les rites prescrits, même si nous nous sentons au-delà de ce qu’ils peuvent nous donner. Il est facile pour un homme de se tromper lui-même; certains ont dit: « Je n’ai pas besoin d’un sacrement extérieur; je ne peux tirer aucun bénéfice de ces choses ». Il se peut qu’il en soit ainsi, car nous savons tous que tout homme peut s’approcher du Christ à n’importe quel niveau sans intermédiaire. C’est possible; cela a été fait, bien que rarement; et peut-être n’est-il pas besoin d’être aussi téméraire et de décider que nous pouvons nous passer de toute aide. Nous sommes peut-être de grands saints déguisés, mais il vaut mieux se mettre à l’abri.

Ne vous y trompez pas: tout homme, à quelque stade que ce soit, qui tourne sa pensée vers le Christ, ou Lui adresse une aspiration, suscitera incontestablement une réponse, et sera d’autant mieux à même de fournir son effort. Il est beaucoup plus facile de marcher sur une route soigneusement nivelée que de se frayer un chemin dans les méandres d’une jungle sans chemin; et lorsque la route est déjà là, amoureusement aménagée à cette fin particulière, pourquoi serait-on si peu aimable au point de refuser d’y marcher?

Si nous suivons l’enseignement et les rites de l’Église, soyez très sûrs qu’ils nous feront un grand bien, quel que soit le degré d’avancement que nous puissions nous ressentir en nous-mêmes. Car plus un homme est grand, plus il peut recevoir des sacrements et des rites de la Sainte Église. Nous pouvons donc suivre l’exemple du Christ: « Souffrons qu’il en soit ainsi maintenant, car c’est ainsi qu’il nous appartient d’accomplir ce qui doit être fait [righteousness] ». C’est un symbole approprié et magnifique.

[103] Il est bon que nous réfléchissions parfois à la voie de développement qui s’offre à nous. Nous devrions prendre note des différentes étapes et de ce qui est exigé de ceux qui les franchissent, et nous examiner fréquemment nous-mêmes pour voir de quelle manière et dans quelle mesure nous sommes en deçà de ce qui est nécessaire, car bien que nous soyons encore à une certaine distance de ces possibilités spirituelles, nous devrions au moins essayer de nous qualifier pour ce qui nous attend. Un homme peut dire humblement: « Je ne suis pas un grand saint; j’en suis très loin. J’ai toutes sortes de défauts et de fautes », sans doute, car nous en avons tous. Mais Dieu ne nous attache pas à un temps limité. Nous ne devons pas considérer cette petite vie comme tout ce qui nous est donné. Si c’est le cas, il serait en effet ridicule de nous dire: « Soyons parfaits comme votre Père qui est aux cieux est parfait », comment pouvons-nous l’être? Nous savons à quel point nous en sommes loin; comment pouvons-nous exécuter ce commandement? Pourtant ce n’est pas impossible, précisément parce que nous avons tout le temps nécessaire pour nos efforts. Il ne s’agit pas de perdre du temps, mais nous aurons tout le temps nécessaire dont nous avons besoin. Si nous ne réussissons pas dans cette vie, nous reviendrons encore et encore jusqu’à ce que nous réussissions, exactement comme un enfant va à l’école jour après jour, et entre les jours de travail, il rentre chez lui et enlève les vêtements qu’il a portés pour sa vie scolaire, et se couche et se repose. C’est ainsi que nous enlevons la robe de chair – ce corps physique – et que nous vivons dans le corps spirituel. Puis, nous sortons de cette phase de repos et revenons encore une fois pour revêtir le vêtement de la vie terrestre – le corps physique.

[104] C’était bien connu à l’époque du Christ. Nous lisons qu’il a dit à ses disciples: « Qui les hommes disent-ils que je suis? » et ils Lui ont répondu: « Les mêmes disent que tu es le prophète Élie, d’autres disent que tu es Jérémie ou l’un des prophètes », puis il leur a expliqué que Jean le Baptiste était Élie et qu’il ne pouvait donc pas être lui. Il leur dit : « Si vous voulez le recevoir, Élie est déjà venu », puis il leur demanda qui ils prenaient pour Lui, et Pierre leur répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »; il est donc clair qu’il savait, et ceux à qui il parlait savaient, qu’il était possible de revenir dans d’autres corps. On Lui a également demandé, lorsqu’on Lui a amené un homme né aveugle: « Qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? » Comment un homme aurait-il pu pécher et être né aveugle en punition de cela, si le péché n’avait pas été commis dans une vie antérieure? Ils ont clairement saisi la doctrine de la réincarnation, mais comme cette doctrine a été abandonnée depuis, beaucoup de choses dans les Écritures et dans le Credo semblent incompréhensibles pour les gens. Nous devons essayer de récupérer cette ancienne doctrine et d’appréhender tout ce qui en découle. La foi a peut-être été délivrée une fois pour toutes aux saints, mais il ne s’ensuit pas qu’elle ait été pleinement comprise par eux. De nombreux progrès ont été réalisés depuis lors en matière de connaissance de toutes sortes; peut-être que dans la religion aussi, nous en viendrons à comprendre beaucoup mieux ce qui a été dit que certains d’entre eux ne l’ont fait.

Observons donc ces différentes fêtes. Essayons de ne pas suivre ces choses simplement comme des anniversaires, mais de nous souvenir du symbolisme et de le comprendre: [105]; et lorsque nous aurons appris la leçon qu’il doit nous enseigner, essayerons de vivre selon cette leçon. Si nous voulons un jour atteindre ces grandes étapes, nous devons vivre maintenant de manière à nous préparer jour après jour à cet état d’esprit de plus en plus proche de celui du Christ, qui seul nous permettra de vivre la vie que le Christ voudrait nous faire vivre.

Nous devons reconnaître dès le début que les exigences de la vie spirituelle sont élevées, et qu’aucun homme ne peut espérer suivre son Leader sur cette puissante échelle de l’évolution s’il n’est pas vraiment disposé à se consacrer à Lui, esprit, âme et corps, de toutes ses forces. Il n’est pas nécessaire qu’il se retire complètement du monde. C’est une erreur de commune. Les exigences du développement spirituel supérieur sont si grandes qu’un homme peut être pardonné s’il estime qu’il doit y consacrer chaque moment de sa vie, et cela a été fait dans une large mesure dans le passé. Dans les civilisations plus anciennes et dans les premières religions, les hommes commençaient presque toujours la quête de la vie vraiment supérieure en devenant ermites ou moines. L’homme a abandonné le monde d’en haut; il s’est confiné dans une existence de pauvreté absolue, de chasteté absolue et de maîtrise de soi, et a vécu tout entier dans la méditation supérieure. Parfois, il y avait une légère modification à cela. Dans la religion bouddhiste, un homme qui devient moine ne doit pas nécessairement consacrer toute sa vie à la contemplation, mais il doit absolument la consacrer entièrement à faire le bien. Tout au long de sa première histoire du christianisme, nous constatons que beaucoup de ses saints ont fait exactement la même chose. Soit ils sont devenus des ermites, soit ils sont entrés dans un monastère, de sorte que [106] leur environnement pourrait leur permettre de vivre pleinement pour l’esprit.

De nos jours, une tâche plus difficile nous attend: la grande priorité de notre vie spirituelle est le service. Le plus grand service de Dieu est de Le servir en la personne de nos semblables; et pour que nous puissions nous consacrer à ce service, il est nécessaire que nous restions dans le monde, même si nous ne sommes pas du monde dans le sens où les choses du monde comptent le plus pour nous. Nous ne devons donc pas nous sentir supérieurs au moine ou à l’ermite d’autrefois. Il est faux de dire que celui qui est sorti de la vie mondaine ne pensait qu’à lui-même et qu’à son propre développement. De tels hommes contribuent grandement à élever le ton spirituel du monde compris comme un tout. Car beaucoup de gens se consacrent entièrement aux affaires et aux plaisirs; et pour équilibrer cela, il est certainement bon que, parmi la race humaine, il y en ait qui abandonnent toutes leurs forces à la vie supérieure de la méditation, et nous ne devons pas penser un seul instant que ces hommes d’autrefois étaient nécessairement égoïstes en agissant ainsi. Ils insufflaient au monde un type de pensée spirituelle et de sentiment de dévotion plus élevé que ce qui aurait été possible à l’époque pour des hommes ordinaires et mondains. Nous ne devrions pas du tout penser que ces gens ne font rien; mais, comme je l’ai dit, une tâche plus difficile nous attend – celle qui demande que nous soyons les principaux acteurs du monde et que nous développions encore cette nature spirituelle supérieure autant que nous l’aurions fait si nous nous étions retirés complètement de la vie ordinaire.

Certains peuvent objecter: « Mais c’est impraticable; comment pouvons-nous être plus forts spirituellement que [107] ces anciens grands hommes l’ont été? » La raison en est que nous, certains d’entre nous, sommes ces grands hommes d’autrefois, revenus dans d’autres corps pour poursuivre notre développement à la suite de notre Seigneur Christ un peu plus loin que nous l’avons porté auparavant. Si, dans cette ancienne civilisation, certains d’entre nous ont réussi à vivre la vie spirituelle en dehors du monde, la force que nous avons acquise à l’époque nous aidera maintenant à essayer de vivre la vie spirituelle dans le monde. Nous pouvons encore inonder ce monde de pensées supérieures et du noble avantage inestimable d’être parmi nos semblables et d’exercer sur eux une influence plus directe. Là encore, certains peuvent penser: « Tout cela est très bien pour un prédicateur ou un conférencier; il exerce sans doute une certaine influence – mais nous, que pouvons-nous faire? Nous menons une vie tout à fait ordinaire; nous devons gagner notre vie, et nous devons prendre soin de nos femmes et nos familles; comment pouvons-nous exercer une influence? »

Chaque être humain le fait, tout le temps; qu’il le sache ou qu’il n’y pense jamais, il affecte néanmoins la vie de tous ceux qui l’entoure, et pas seulement par ce qu’il dit ou fait; chaque pensée qu’il pense affecte les autres esprits autour de lui, chaque mot qu’il prononce peut être arrangée de manière à ce qu’elle soit porteuse d’un bon sentiment. Un homme ne peut constamment prêcher; mais toutes ses pensées, paroles et actes doivent être de nature à exercer une influence sainte et christique sur ceux qui sont en contact avec lui. C’est l’essence de la vie spirituelle; c’est ce que chacun de nous, à son niveau et à son degré, devrait faire.

[108] Pour atteindre le niveau de la première grande Initiation, l’homme doit dominer son corps au moyen de son âme; il doit s’arranger pour que tous ses sentiments soient en harmonie avec le sentiment le plus élevé. Lorsque la deuxième des grandes étapes doit être franchie, le même processus se poursuit une étape plus loin, et lors de la deuxième initiation, dont le Baptême de notre Seigneur est le symbole, l’esprit de l’homme, et pas seulement son sentiment, est mis en harmonie avec l’esprit du Christ. Ce dernier est encore infiniment au-dessus de lui, bien sûr, car nous ne sommes que des hommes, et très fragiles et humains, alors qu’Il s’élève au-dessus de l’humanité comme un surhomme; mais néanmoins nos pensées devraient se situer dans la ligne de Ses pensées. Tout comme l’homme qui commence à fouler le Sentier dit: « Dans ces circonstances, qu’aurait fait le Christ? Laissez-moi faire de même », de sorte que l’homme qui a passé cette deuxième étape devrait observer sa pensée à chaque instant et se dire: « Qu’aurait pensé le Christ dans un cas comme celui-ci? Comment cette chose aurait-Il envisagé cette chose? »

La même grande pensée existe dans notre religion comme dans toutes les anciennes croyances. Toutes les religions sont comme des lentilles colorées à travers lesquelles brille la même lumière vive; elles sont toutes des déclarations de la même grande vérité; par conséquent, tout ce qui est philosophiquement énoncé dans ces religions plus anciennes est également représenté dans cette dernière des grandes religions. Parce que nous sommes chrétiens, nous ne devons pas nécessairement être ignorants, même s’il est vrai qu’au début de l’Église, la plupart des chrétiens étaient issus de personnes non instruites, et qu’un vaste héritage de malentendus nous est parvenu de ces temps d’ignorance. Il nous appartient maintenant d’ajouter à notre foi [109] la vertu et à la connaissance de la vertu, comme l’a dit Saint Pierre, afin que, tout en conservant la même foi ancienne, nous la gardions bien plus intelligemment que nos ancêtres, car nous savons maintenant ce qu’elle symbolise; ainsi, au lieu de prendre des déclarations comme étant littéralement historiques et qui, à première vue, sont incroyables, nous en retrouvons le sens dans ce puissant mythe du progrès, et nous apprenions donc d’elles au lieu de nous contenter de les accepter sans les comprendre.

Plus jamais un grand chef de l’Église ne dira cela: « Credo quia impossible« , ce qui signifie « Je crois en cela parce que c’est impossible. » Lorsque nous trouvons un état qui semble incroyable à première vue, nous disons: « Quelle est la signification de cela? Car cela doit avoir une signification et une position, sinon nous ne devrions pas le trouver dans notre foi. » Ce serait bien si les premiers Pères de l’Église dans la religion chrétienne avaient suivi l’exemple du grand Concile des Pères religieux de la religion bouddhiste. Lorsque ces hommes se sont rencontrés pour discuter de la doctrine après la mort du Bouddha, et qu’ils ont trouvé de nombreuses déclarations curieuses et autres déformations de ses paroles, leur décision a été la suivante: « Tout ce qui n’est pas en accord avec la raison et le bon sens ne peut être l’enseignement du Bouddha ».

Seuls ceux qui ont vu l’une des grandes Initiations peuvent juger le symbolisme que l’Église a adopté pour eux. La première initiation symbolise distinctement une naissance; le Maître qui agit en tant qu’initiateur étend son aura, ses véhicules supérieurs, et enferme absolument en lui l’élève, [110] et l’élève sort de ce contact comme un homme nouveau de bien des façons, de sorte que l’on peut vraiment parler d’une naissance. Dans l’initiation secrète, il y a un déversement de force d’en haut, qui est judicieusement symbolisé par un baptême – un formidable regain de puissance de l’initiateur sur l’initié. C’est un véritable baptême du Saint-Esprit et du feu, comme le Christ l’a décrit; c’est un déluge de feu qui est déversé, et il a sans aucun doute l’apparence d’un torrent de lumière vivante. Si nous prenons conscience de la signification symbolique de toutes ces choses, nous comprendrons qu’elles forment une séquence cohérente et que, chaque année, l’Église trace ainsi devant nous le chemin que nous devons suivre, dans l’espoir que, en le contemplant, nous apprendrons à le comprendre et que nous développerons alors en nous les exigences nécessaires à chacune de ces grandes étapes.

Il n’y a pas de mystère à propos de ces exigences; elles sont données dans beaucoup de nos livres. J’en ai moi-même fait la liste à la fin de mon petit livre Invisible Helpers. J’y utilise les termes orientaux, mais on retrouve les mêmes étapes dans l’enseignement chrétien sous les noms de Conversion, Purification, Illumination et Perfection. La Perfection correspond à ce qu’on appelle en Orient l’Initiation Arhat. Saint Paul a dit: « Nous parlons de sagesse à ceux qui sont parfaits » – une remarque qui ne semble pas particulièrement intelligente si nous prenons le mot « parfait » dans sa signification ordinaire, mais qui est lumineuse et claire lorsque nous savons que « parfait » est un mot technique pour un certain degré dans les Mystères Chrétiens. La signification est simplement: « Nous ne parlons des secrets du degré supérieur qu’à ceux qui ont obtenus [111] ce degré. » Plus nous pourrons développer ces qualités maintenant, plus notre tâche sera facile quand le grand moment viendra pour nous, et plus vite ce moment viendra. C’est pourquoi nous devrions déjà poser les bases, même pour la plus haute des étapes du Chemin. Nous devrions déjà être familiers avec ce que nous avons à faire dans le déploiement de nos pouvoirs intérieurs, et nous devrions essayer de le faire à notre petite échelle. Nous devrions essayer de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre force.

Non pas que nous puissions réussir immédiatement, car c’est un travail de longue haleine. Cette évolution de l’homme s’est poursuivie lentement et sûrement pendant des milliers et des milliers d’années dans le passé. Elle commence maintenant à s’accélérer, car l’objectif est en vue – parce que nous commençons maintenant à déplacer doucement les informations dans la bonne direction, au lieu d’être simplement balayés ici et là par toutes sortes de courants transversaux. L’évolution est en mouvement permanent, et que nous y participions intelligemment ou non, nous sommes constamment entraînés vers l’avant et vers le haut. Mais dès que nous commençons à comprendre et à tourbillonner pour nous-mêmes au lieu de dériver avec la marée, notre progrès devient beaucoup plus rapide, et nous pouvons opérer avec compréhension dans la puissante œuvre que Dieu fait pour nous. Il vaut donc la peine d’essayer de comprendre toutes ces étapes.

La première initiation est essentiellement axée sur la conquête de l’idée de séparation et sur l’établissement de l’homme sur une base solide; la deuxième initiation porte essentiellement sur le développement de ses pouvoirs et de ses facultés mentales et psychiques. L’effet réel de cette Initiation est une expansion énorme du corps mental. Quelle est la part de cette initiation dans le développement du corps mental? Que reste-t-il de tout cela [112] ici dans le cerveau physique de l’homme est une toute autre affaire. Il faut de nombreuses années pour que le plein effet de cette Initiation se manifeste dans la vie inférieure, et c’est une période de tension considérable, voire de danger pour l’homme s’il ne prend pas soin de garder ses vibrations pures, élevées et nobles. Cela est également symbolisé dans le drame de l’Évangile, car immédiatement après avoir reçu ce Baptême, le Christ se retire pendant quarante jours dans le désert pour se fortifier et se développer – pour ajuster les véhicules inférieurs à ce qui a été fait avec les véhicules supérieurs.

Quarante jours peuvent suffire pour un Christ, mais pour la plupart d’entre nous, quarante ans seraient plus proches de la marque. Moins que cela peut-être, mais il ne nous faudra pas beaucoup moins pour nous adapter parfaitement au développement; mais le travail doit être fait. Certains ne s’adapteront pas (ou peut-être pas), et ces personnes se brisent. Pour nous prémunir contre ce désastre, nous devons apprendre à un stade précoce à garder nos pensées à un niveau pur et élevé, à être persévérants dans le bien, à avoir toujours devant nous l’unique objectif désintéressé d’aider le monde et à ne pas nous laisser détourner de lui par quelque préjugé que ce soit, ou par quelque sentiment ou faiblesse personnelle que ce soit. Ainsi, notre progression se fera sans heurts et de façon régulière, et nous progresserons comme nous sommes censés le faire.

Chaque étape du chemin apporte ses propres difficultés et sa tension particulière; mais chaque étape du chemin apporte aussi son énorme accession de force à l’âme – à l’ego, au vrai homme. La progression est toujours – évidemment – progressive, surtout à ce stade dont nous parlons maintenant. Mais si l’homme [113] réussit, devient vrai pour lui ce qui nous est si joliment présenté dans l’Épître pour la fête du Baptême de notre Seigneur. L’Esprit du Seigneur repose sur lui, parce qu’il est élevé à un niveau supérieur; il est maintenant plus fort avec cet Esprit et en est un meilleur canal. Ainsi, l’Esprit repose sur lui, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de puissance – de grande sagesse, mais aussi de grande puissance; l’Esprit de connaissance et de révérence envers le Seigneur. Ce sont les caractéristiques qui devraient se manifester à travers l’homme lorsqu’il atteint ce niveau. Il est dit de lui: « Il ne jugera pas selon la vue de ses yeux » (c’est-à-dire selon son apparence extérieure), « ni ne réprouvera selon l’ouïe de ses oreilles » (c’est-à-dire qu’il ne prendra rien par ouï-dire), « mais il jugera les pauvres avec justice et réprouvera avec équité pour » (c’est-à-dire au nom de) « les humbles de la terre ».

Vous remarquerez l’accent mis sur la justice, la douceur, la tolérance. Ce sont là les caractéristiques de l’homme qui fait des progrès, de l’homme qui essaie de mettre son esprit en harmonie avec celui du Christ. Un autre passage de l’Écriture nous dit: « Que soit en vous cette pensée qui était aussi en Jésus-Christ », et c’est ce que l’homme doit faire à ce stade de son baptême de feu. Le Christ et Jean-Baptiste ont tous deux utilisé cette expression, le Baptême du Saint-Esprit et du Feu, ce qui montre qu’il s’agit en fait d’une expression technique des Mystères, qui fait référence à l’immense déversement de la force divine qui, lors de cette deuxième Initiation, atteint l’homme qui a la chance de l’atteindre.

[114] Ses principales caractéristiques devraient donc être la droiture, la foi, l’équité et, par-dessus tout, la douceur virile. Un grand poète a dit du Christ qu’il était le premier vrai gentilhomme qui ait jamais vécu. Toutes ces choses devraient être les caractéristiques de notre développement sur le chemin. Il est dit de l’Initié qu’il ne fera ni blesse ni détuire dans toute la montagne sainte de ce progrès supérieur. Il n’y aura aucune blessure, aucun pouvoir, aucune peur, ni même la possibilité de blesser les sentiments ou la réputation d’autrui. L’homme qui s’approche ainsi des choses supérieures ordonnera ses actions, ses paroles et ses pensées avec le plus grand soin et la plus grande habileté, de sorte qu’aucun de ces actes ne puisse nuire à un être vivant. Dans les Écritures hindoues, nous trouvons l’enseignement selon lequel ahimsa ou l’innocuité parfaite est la grande caractéristique de l’homme développé; inoffensif non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan émotionnel et mental. Il devrait avoir atteint le stade où il ne peut faire que du bien à ses semblables; et la raison pour laquelle il ne peut faire que du bien est donnée dans les derniers mots de l’Épître – que l’homme est « plein de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent la mer ». Il est dit là que la terre sera ainsi remplie. Il faudra encore beaucoup de temps avant que toute l’humanité ne se retrouve à un niveau tel que, avant qu’absolument toute la terre ne soit remplie de façon reconnaissable de la gloire du Seigneur. En vérité, elle est déjà remplie de cette gloire maintenant si seulement nous pouvions la voir; mais ce qui est indiqué est une condition pour que tous les hommes sur la terre la réalisent, pour que Sa volonté soit faite sur la terre, comme elle l’est dans le ciel.

[115] Nous en sommes loin, mais peut-être pas aussi loin que nous le pensons parfois. Nous sommes à peine à la fin de la guerre la plus terrible de l’histoire du monde, et bien que cette guerre soit terminée et que la justice ait triomphé, il y a une immense agitation sociale dans le monde entier, et nous ne sommes pas encore arrivés à un millénaire. De grands changements sont survenus et sont en passe de se produire; il y aura certainement, dans l’ensemble, un grand mouvement en faveur du bien. Il se peut qu’il y ait une période intermédiaire qui sera très désagréable, alors que les choses sont encore en train de s’arranger. C’est l’intervalle de réajustement, le creux entre deux vagues d’évolution, mais de tout cela, nous espérons et croyons, sortira quelque chose de plus grand que ce que nous avons déjà vu. C’est à nous, ainsi qu’à d’autres, qu’il appartient de décider si nous en tirerons le meilleur parti. Un homme peut penser: « Je ne suis pas une personne importante. » Ce n’est pas la question. Il est vrai que le gouvernement d’un pays est entre les mains de ses politiciens, mais toute constitution, tout arrangement fonctionnera bien si le cœur des gens est bon et s’ils ont des sentiments fraternels d’amour les uns envers les autres; et aucune constitution, aussi excellente soit-elle, ne fonctionnera de manière satisfaisante si ces sentiments et ces conditions sont absents. Chacun d’entre nous a donc sa part dans cet avenir – chacun d’entre nous peut aider de façon distincte dans son propre cercle à rendre possible le bon déroulement des grands changements, s’il suit l’enseignement qui nous est ici donné par l’Église.

C’est pourquoi nous devrions nous éduquer et nous former pour prendre part comme il se doit à la vie qui nous attend tous. Ce développement spirituel, qui [116] semble parfois assez loin dans les nuages, n’est pas vraiment loin de nous, parce que nous atteignons ces hauteurs pas à pas, et nous devons développer toutes ces qualités en nous-mêmes jour après jour afin de pouvoir atteindre le plus tôt possible le plus haut, pour qu’à travers nous le monde entier puisse être aidé. Ceux qui sont clairvoyants, ceux qui peuvent voir, savent comme un fait combien le monde est étroitement lié. Les autres doivent se baser en grande partie sur des preuves, bien qu’il y en ait certainement beaucoup, même pour ceux qui ne peuvent pas voir. Aucun homme ne vit pour lui-même, pas un instant; il influence toujours les autres par sa pensée, ses sentiments, ainsi que par ce qu’il fait et ce qu’il est. Chaque homme a sa part dans le travail du monde, et chaque homme doit la prendre. Et si vous, qui vous approchez du Christ, vous suivez le Christ dans vos pensées, vos paroles et vos œuvres, alors le monde sera d’autant plus prêt à adorer à Ses pieds et à Le suivre là où Il le conduira, quand (bientôt) Il viendra de nouveau parmi nous.

Même maintenant, à notre stade actuel, nous avons peut-être cette part dans cette deuxième initiation – nous pouvons essayer de développer nos esprits; nous pouvons essayer de supporter notre religion intelligemment. Que cela soit donc pour nous la leçon de cette fête. Nous devons être capables de donner une raison à la foi qui est en nous. Nous devons essayer de comprendre ce que signifient les enseignements de notre religion. Toutes les religions sont les mêmes, en ce sens qu’elles nous enseignent toutes que le chemin de la sainteté est le seul moyen d’atteindre la perfection finale; mais notre ligne de conduite particulière dans le christianisme est d’essayer de nous développer par le biais du service aux autres, [117] en réalisant la vérité des paroles que le Christ lui-même a prononcées: « Dans la mesure où vous l’avez fait au plus petit de ces Mes petits, c’est à Moi que vous l’avez fait ».


Source: Charles W. Leadbeater: The Hidden Side of Christian Festivals

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