L’ingénirie sociale vue par Aldhous Huxley – ou la psy-op covide décrite avant l’heure

Source: Substitus à la libération

Les moralistes professionnels sont étrangement silencieux face à ce vice infâme qu’est l’intoxication des foules – cette transcendance vers une sous-humanité qui s’empare des foules.

Ces hommes et ces femmes qui à titre individuel ou dans un groupe constitué forment une société saine – ou tout du moins faisant preuve d’une certaine capacité rationnelle et d’un libre arbitre en rapports avec les principes éthiques -, ces hommes et ces femmes, rassemblées en troupeau, se conduisent comme s’ils n’avaient ni raison ni libre arbitre. L’intoxication collective les ravale à un niveau d’irresponsabilité infra-individuelle et antisociale. Drogués au poison mystérieux que sécrète toute foule exaltée, ils tombent dans un état d’extrême suggestibilité. Dans cet état, ils croient n’importe quelle absurdité et exécutent n’importe quel ordre, même s’il est criminel. Pour les hommes et les femmes qui sont sous l’emprise de ce poison, « ce qui est répété trois fois est vrai » et ce qui est répété trois cents fois est une révélation divine – raison pour laquelle l’autorité temporelle (qu’elle soit religieuse ou civile) n’affirme jamais sans équivoque (dans les cas où elle n’est pas elle-même l’agent provocateur du délire) que cette forme de transcendance par le bas est immorale. Dans tous les cas où elle peut servir les intérêts des Hommes qui contrôlent l’Église ou l’État, la transcendance descendante par intoxication collective est jugée légitime et même hautement recommandable. Faire partie d’une foule (y compris une foule virtuelle, telle la bienpensance médiatisée) est l’antidote le plus fameux à l’indépendance de la pensée.

Les drogues, la sexualité élémentaire et l’intoxication de masse sont les trois voies les plus fréquentées de la transcendance vers le bas: Il y en a beaucoup d’autres, par exemple le chemin des mouvements rythmés, tellement fréquenté dans toutes les religions primitives. Et étroitement associé à ce rite des mouvements rythmés générateurs d’extase, le rite des son rythmés tout aussi générateurs d’extase (texte écrit avant l’avènement de la techno et le la rap!). La musique est aussi variée que la nature humaine, et elle a quelque chose à dire aux hommes et aux femmes à tous les niveaux de leur être, du niveau des sentiments personnels à celui de l’abstraction intellectuelle, du niveau spirituel au niveau viscéral. Sous l’une ou l’autre de ces formes, la musique est une drogue puissante, en partie stimulante, en partie narcotique, totalement dépersonnalisante.

Une autre des voies de la transcendance est ce que le Christ appelait la « vaine répétition ». Une autre encore est la douleur qu’on s’inflige à soi-même, utilisée dans toutes les religions pour modifier la conscience normale et acquérir des pouvoir psychique.

Dans la vie réelle, un mouvement vers le bas peut être le commencement d’une ascension. Quand l’ego a brisé sa coquille et commence à avoir conscience de l’altérité subliminale et psychologique de sa personnalité sous-jacente, il arrive parfois que le sujet entrevoie, d’une manière fugace mais apocalyptique, l’autre altérité qui est le fondement de tout être. Tans que nous restons confinés dans notre moi insulaire, nous restons inconscients des nombreux non-moi qui nous sont associés – le non-moi organique, le non-moi du subconscient personnel, le non-moi collectif du psychisme hors duquel notre individualité se cristallise et le non-moi de l’esprit immanent et transcendant. Toute sortie, même par la voie descendante, hors de notre moi insulaire rend possible la conscience momentanée du non-moi à chacun de ces niveaux. On connaît des cas où la simple « révélation anesthésique » a servi de point de départ à une attitude nouvelle à l’égard de la vie. Dans certaines pratiques tantriques, on utilise la sexualité élémentaire comme voie qui mène à la conscience. En un mot, la voie descendante ne mène pas invariablement au désastre. Néanmoins elle y conduit assez souvent pour qu’on puisse la déconseiller formellement.

La voie de la transcendance horizontale

Pour échapper aux horreurs du moi insulaire, la plupart des hommes et des femmes choisissent le plus souvent de ne sortir d’eux-mêmes ni par le haut ni par le bas, mais par le côté, en s’identifiant à une cause qui dépasse les intérêts particuliers, qui n’est pas dégradante, respectant les valeurs sociales reconnues: des choses aussi banales qu’un passe-temps ou aussi précieuse que l’amour conjugal; du simple exercice d’un métier à la recherche de l’unification des quatre forces de base de la physique contemporaine, de la composition échiquéenne à la constitution d’un herbier, etc.

La transcendance horizontale est de la plus haute importance. Sans elle, il n’y aurait pas d’art, pas de science, pas de loi, pas de philosophie – bref pas de civilisation. Il n’y aurait pas de guerre non plus, pas d’intolérance systématique, pas de persécution. Avoir le bien sans le mal n’est pas possible tant que la transcendance de soi ne vise que des objectifs à sa hauteur. Adopter une idole n’est pas seulement erroné; c’est extrêmement inopportun. Par exemple adorer la vérité sans la charité – s’identifier à la cause de la science sans s’identifier au fondement de tout être – provoque ce genre de situation à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui. Toute idole, si haute qu’elle soit, se change à la longue en un Moloch assoiffé de sacrifices humains.

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