Plan Andinia

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  • Post last modified:16 mai 2026
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La photographie a fait le tour du monde. Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, a été aperçu en train d’examiner une petite carte de l’Amérique du Sud où l’on distinguait clairement l’Argentine et le Chili. Il n’y eut ni discours ni déclaration officielle. Seulement ce geste : observer, [lors d’une réunion], un territoire lointain. Mais en Amérique latine, l’image a réveillé de vieilles peurs.

Ce n’était pas un simple morceau de papier: c’était le vieux spectre du Plan Andinia. Alors qu’Israël traverse l’un des moments les plus tendus de son histoire, avec une guerre ouverte contre l’Iran et des condamnations croissantes pour le massacre à Gaza, le gouvernement de Javier Milei se dirige vers un alignement total avec Tel-Aviv. Ce tournant ravive un débat resté enfoui pendant des décennies: la Patagonie comme territoire stratégique pour les intérêts israéliens.

En juin 2025, lors de sa visite en Israël, Milei a scellé des accords sans précédent. Il transférera l’ambassade argentine à Jérusalem (Milei a confirmé qu’il allait déplacer l’ambassade de son pays à Jérusalem lors de sa visite en Israël en avril 2026 NdT), défiant les résolutions des Nations unies. Il a également signé des pactes de coopération militaire, technologique et de renseignement avec Netanyahou, approfondissant une alliance qui dépasse largement le cadre diplomatique.

Mais l’arrière-plan est encore plus inquiétant: la réactivation d’une vieille hypothèse géopolitique qui n’a jamais totalement disparu — le Plan Andinia. Ce projet serait apparu au XXe siècle comme une alternative du mouvement sioniste visant à fonder un État juif hors du Moyen-Orient. La Patagonie, partagée entre l’Argentine et le Chili, se distinguait par sa faible densité de population, ses réserves d’eau, de gaz et de minerais, ainsi que par son éloignement des grands conflits mondiaux. Même après la fondation d’Israël en Palestine en 1948, certains secteurs nationalistes sud-américains ont continué d’affirmer que la Patagonie restait envisagée comme un éventuel «plan B» en cas d’effondrement du Moyen-Orient. Israël a toujours nié cette possibilité, mais de nombreux mouvements économiques, migratoires et stratégiques entretiennent encore les soupçons.

Au fil des dernières décennies, plusieurs faits ont nourri cette théorie. L’entreprise publique israélienne Mekorot gère des systèmes d’eau dans le sud argentin, contrôlant des ressources [stratégiques]. Des hommes d’affaires comme le judéo-britannique Joe Lewis possèdent plus de 14’000 hectares autour du Lago Escondido, incluant des réserves d’eau douce, des corridors stratégiques et même un aéroport privé. Chaque année, des milliers d’anciens soldats israéliens arrivent comme routards après leur service militaire; certains rapports affirment qu’ils réaliseraient des relevés de terrain. Les incendies de forêt récurrents auraient facilité l’achat de terres stratégiques à des prix dérisoires. Pendant ce temps, l’État argentin a progressivement affaibli son contrôle territorial.

Les Forces armées, après des années de privatisations et de coupes budgétaires, disposent aujourd’hui de capacités opérationnelles très limitées. L’Argentine est pratiquement incapable de défendre efficacement ses propres ressources stratégiques dans le sud du pays. Parallèlement, le contrôle économique et médiatique progresse. On y retrouve notamment Eduardo Elsztain, trésorier du Congrès juif mondial et l’un des plus grands propriétaires fonciers d’Argentine, doté d’une forte influence sur l’Agence nationale des biens de l’État. Les médias, sous pression ou par autocensure, évitent le débat ou le relèguent au rang de théorie du complot, désinformant ainsi la population.

L’Argentine abrite la plus importante communauté juive d’Amérique latine, avec environ 180 000 personnes. Bien que son histoire soit diverse et ne puisse être réduite à une seule position politique, certains de ses secteurs sont fortement alignés sur le sionisme international. Dans ce contexte critique, Milei aurait commis un acte d’une immense irresponsabilité politique et institutionnelle. Il a signé un accord militaire avec Israël à la veille même de l’attaque de Netanyahou contre l’Iran.

Une question devient inévitable: Milei savait-il à l’avance que cette attaque allait avoir lieu, impliquant l’Argentine sans approbation parlementaire? Ou a-t-il agi sans mesurer les conséquences? Dans les deux cas, il aurait engagé l’Argentine dans une guerre menée par l’impérialisme contre les peuples du monde. Il ne s’agirait plus de simples théories. Les faits montreraient un véritable processus de pénétration économique, militaire et territoriale israélienne en Patagonie, sous la protection d’un État argentin affaibli et complice.

Ce modèle menacerait non seulement la souveraineté argentine, mais aussi la stabilité de toute l’Amérique latine. Le sionisme aurait démontré, dans différentes régions du monde, sa capacité à provoquer des guerres, des déplacements forcés, le pillage des ressources et la dépossession territoriale. La Patagonie pourrait devenir le prochain théâtre de cette machine mondiale d’expropriation et de violence. Le vieux Plan Andinia, autrefois considéré comme une simple suspicion, serait aujourd’hui un scénario géopolitique que l’Amérique latine ne peut plus se permettre d’ignorer.

Traduction: Jafar Kazem 

Sofia Lopez

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