Réflexions d’Aldous Huxley sur le progrès

Beaucoup de primitifs, qui n’exercent qu’un contrôle rudimentaire sur leur environnement, n’en réussissent pas moins à être heureux, vertueux, créatifs. À l’inverse, il est manifeste que les membres des sociétés civilisées, en possession des ressources technologiques qui leur permettent de contrôler étroitement leur environnement, sont souvent malheureux, inadaptés et stériles; et bien que leur morale privée soit bonne, leur comportement collectif est celui de suppôts de Satan. Dans le champ des relations internationales, la différence la plus évidente entre les Hommes du XXe siècle et les anciens Assyriens est que les premiers possèdent des méthodes plus efficaces pour commettre des atrocités, détruire, tyranniser et asservir.

Le progrès technologique n’abolit pas les obstacles; il ne fait que changer leur nature.

Hédonisme1

L’hédonisme est une philosophie inadéquate. Notre nature est telle que si nous faisons du bonheur notre objectif, nous n’atteindrons pas le bonheur. En effet, si le bonheur, la morale et la créativité sont considérées comme des fins en soi et non comme des moyens au service d’une fin plus élevée ils peuvent s’ériger en obstacles pas moins sérieux que le malheur, le vice et le conformisme. L’Illumination n’est pas destinée à ceux qui ont pour but dans la vie de « prendre du bon temps », ni aux puritains qui, pour leur propre bien, adorent la morale répressive, ni aux esthètes qui ne vivent que pour la création et la jouissance de la beauté formelle. L’idolâtrie est toujours fatale; et les biens humains les plus élevés eux-mêmes cessent d’être des biens dès lors qu’ils sont adorés pour eux-mêmes et non utilisés comme ils le devraient à la réalisation du bien ultime qui les transcende.

La philosophie implicite de la publicité moderne (qui est source d’une Weltanschauung commune a des millions d’individus) est une forme spéciale d’hédonisme. Le bonheur, nous disent les publicitaires, doit être poursuivi comme une fin en soi; et il n’y de bonheur que celui qui nous vient de l’extérieur et qui est la conséquence de l’acquisition des produits de l’avance technologique. L’hédonisme est donc lié à cette croyance très XIXe siècle que le progrès humain est en corrélation obligée avec le progrès technologique.

Hédonisme vient du grec ancien :

  • ἡδονή (hēdonḗ), qui signifie « plaisir »« jouissance » (aussi bien sensuelle qu’intellectuelle).
  • -ισμός (-ismós), un suffixe qui forme des noms désignant une doctrine, un système, une théorie.

Hédonisme signifie donc littéralement « doctrine (ou système) du plaisir ».

Point d’origine philosophique

Le terme est forgé à partir du concept central de l’école philosophique fondée par Aristippe de Cyrène (élève de Socrate, Vᵉ-IVᵉ siècle av. J.-C.), les Cy rénaïques. Pour eux, le plaisir instantané (hēdonḗ) était le souverain bien, le but ultime de l’existence.

Évolution et distinction importante

  • À l’époque antique, le terme « hédonisme » n’existait pas en tant que tel ; on parlait de la « doctrine cyrénaïque » ou de la recherche du plaisir.
  • Le mot « hédonisme » a été formé plus tardivement en français (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècle) à partir des racines grecques pour désigner cette philosophie et, par extension, toute attitude qui place le plaisir au-dessus de tout.
  • Il est crucial de le distinguer de l’épicurisme, une autre philosophie du plaisir, mais qui prône la recherche du plaisir durable (ataraxie = absence de troubles) par la modération et la satisfaction des désirs naturels et nécessaires, et non l’assouvissement immédiat de tous les désirs.
  • Il a été introduit en français au XIXe siècle, notamment par les philosophes utilitaristes comme Jeremy Bentham et John Stuart Mill, pour désigner une doctrine qui considère le plaisir comme le fondement de la morale ou le but ultime de l’existence.

En résumé :

Étymologie : ἡδονή (hēdonḗ, « plaisir ») + -ισμός (-ismós, « doctrine »).
Signification littérale : Doctrine du plaisir.
Concept-clé : Philosophie qui fait du plaisir le principe suprême de la conduite humaine. Le mot porte en lui, depuis son origine, l’idée d’un système organisé autour de la recherche du plaisir.

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