
« Nous voulons que l’hémisphère occidental reste suffisamment stable et bien gouverné pour prévenir et décourager l’immigration massive vers les États-Unis ; nous voulons des gouvernements coopérant avec nous contre les narco-terroristes, les cartels et autres organisations criminelles transnationales ; nous voulons un hémisphère exempt de toute incursion étrangère hostile ou de contrôle étranger sur des actifs stratégiques ; et nous voulons garantir l’accès continu à des positions clés. En d’autres termes, nous appliquerons et ferons respecter un “Corollaire Trump” à la doctrine Monroe. » [9]
Cette logique s’applique aussi aux entreprises étrangères : « Nous devons tout mettre en œuvre pour expulser les sociétés étrangères qui construisent des infrastructures dans la région. » [11] L’allusion est claire : la Chine et ses entreprises sont directement visées. Le message est limpide : l’Amérique latine ne peut être qu’un prolongement des intérêts américains, et toute autonomie ou partenariat avec une puissance rivale est considéré comme une menace à contenir.
La stratégie de Trump se révèle ainsi dans sa brutalité pragmatique : transformer le continent américain en une île sous domination de Washington, piller les Européens par les droits de douane, vendre des armes pour alimenter la guerre en Ukraine, tout en menaçant des territoires extérieurs comme le Groenland, propriété du Danemark. Cette politique ne relève pas de l’improvisation : elle s’inscrit dans la continuité de la doctrine Monroe et dans l’impératif historique américain de dominer son voisinage immédiat.
Pour la première fois, à ma connaissance, les intérêts véritables ne sont plus dissimulés sous les voiles de la morale universelle. Le président des États-Unis a déclaré sans détour que son pays entendait prendre en main la gestion de ce pays sud-américain de trente millions d’âmes, riche des plus vastes réserves pétrolières du monde [13]. Marco Rubio a pris soin de préciser que Washington ne gouvernerait pas directement Caracas, mais maintiendrait un blocus pétrolier afin de contraindre le régime à se plier aux volontés américaines : manière élégante d’exercer un contrôle sans en porter le nom [14]. Pete Hegseth a, quant à lui, expliqué que des entreprises américaines seraient installées sur place afin d’assurer aux États-Unis un accès accru aux richesses et aux ressources [15].
« Ils ont osé lancer des bombes atomiques sur des villes sans défense. Hiroshima et Nagasaki sont là pour en témoigner. Qu’est-ce que c’est que ça ? Ils ont envahi le Panama, bombardé et tué des milliers de personnes, incendié tout un quartier pour s’emparer de [Manuel] Noriega, en l’accusant de narcotrafic, alors qu’il était à l’époque le président du Panama.
Je reçois plusieurs alertes, y compris de la part de milieux qui ne sont pas vraiment des alliés, mais de gens sérieux, inquiets de l’opération en cours, conçue au Pentagone. Cela se rapproche, et c’est une opération préparée depuis plusieurs années. Il y a des années déjà, quelqu’un me l’a dit. Il m’a dit : “Ils finiront par t’accuser, toi, de narcotrafic. […] Ils vont essayer de t’appliquer la formule Noriega. C’est l’un des plans qui se développe depuis un certain temps aux États-Unis. Ils cherchent à associer Chávez directement au narcotrafic, et ensuite, tout devient permis contre un président qualifié de narcotrafiquant. Un voyage dans n’importe quel pays du monde, un commando arrive et l’emmène.”
Quand il s’agit des États-Unis, ils ont envahi l’Irak sous le prétexte qu’il y avait des armes de destruction massive. Il n’y en avait pas, il n’y en a jamais eu, mais ils ont quand même pendu le président, sans procès ni rien. Fidel [Castro] m’a dit un jour : “Chávez, si cela t’arrive à toi ou à moi, s’ils nous envahissent, la dernière chose à faire, c’est ce qu’a fait Saddam, se cacher dans un trou quelque part. Il faut mourir en combattant, Chávez, là, en première ligne de bataille.”
Et c’est ce que je ferai. Je n’irai pas me cacher dans la montagne. Je mourrai au front, avec la dignité d’un Vénézuélien qui aime ce pays. »

