Ramadan: du Sénégal au monde musulman, comment est fixé le début du jeûne

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Au Sénégal, l’annonce du début du Ramadan repose sur l’observation du croissant lunaire1, appuyée par des calculs astronomiques précis. Un processus qui illustre les différentes méthodes utilisées dans le monde musulman pour déterminer l’entrée dans le mois sacré.

Au Sénégal, l’Association Sénégalaise pour la Promotion de l’Astronomie (ASPA) a indiqué que le croissant lunaire marquant le début du mois de Ramadan devrait être visible le 18 février, ouvrant la voie à un début du jeûne le lendemain, si les conditions météorologiques le permettent. Selon l’ASPA, la conjonction lunaire — moment où la Lune se situe entre la Terre et le Soleil — est prévue le 17 février à 12 h 01 UTC. Mais ce jour-là, les paramètres astronomiques ne permettront pas d’apercevoir le croissant au Sénégal: au coucher du Soleil, la Lune n’aura que 07h26′ d’âge, avec une illumination inférieure à 1 %, une altitude très basse et une élongation insuffisante. En revanche, le 18 février, la Lune sera âgée de plus d’un jour et se couchera environ une heure après le Soleil, offrant des conditions favorables à une observation à l’œil nu sur l’ensemble du territoire, sous réserve d’un ciel dégagé.

’ASPA, dirigée par l’astronome Maram Kaïré, publie chaque année ce type de prévisions afin d’éclairer le public. Observation visuelle ou calcul astronomique? Au Sénégal, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, l’annonce officielle du début du Ramadan reste traditionnellement conditionnée à l’observation effective du croissant lunaire. Les données scientifiques servent d’indicateur, mais la décision religieuse repose sur le constat visuel.

Dans d’autres pays du monde musulman, les approches diffèrent. En Arabie saoudite, la Cour suprême appelle chaque année à l’observation du croissant et fonde sa décision sur les témoignages visuels validés par les autorités religieuses. Le royaume joue souvent un rôle central, nombre de pays suivant son annonce. À l’inverse, certains États privilégient davantage le calcul astronomique. La Turquie, par exemple, fixe à l’avance le calendrier du Ramadan sur la base de données scientifiques, sans attendre une observation oculaire. Au Maroc, la procédure combine organisation institutionnelle et observation directe: des commissions locales, composées de magistrats, d’autorités religieuses et de représentants du ministère des Habous, sont mobilisées sur l’ensemble du territoire pour scruter le ciel le soir du doute.

  1. Historiquement, le ramadan relevait d’abord d’un cycle soli-lunaire et son application était donc toujours très proche du solstice d’automne, ce qui signifie que sa durée journalière était sensiblement la même où que se trouvent les personnes qui le pratiquaient. Le changement du calendrier musulman d’un système luni-solaire (luni-solaire, avec intercalation d’un mois supplémentaire pour rester aligné sur les saisons) à un système purement lunaire (sans intercalation, donc décalage annuel d’environ 11 jours par rapport au soleil) a eu lieu sous le calife Omar ibn al-Khattâb (règne 634–644).
    Détails historiques
    Avant l’islam (et encore au début de l’islam) : les Arabes utilisaient un calendrier luni-solaire (similaire au calendrier juif ou babylonien antique). 12 mois lunaires (354–355 jours) + un mois intercalaire (kabîsa) ajouté tous les 2 ou 3 ans pour rattraper le décalage solaire et garder les mois liés aux saisons (agriculture, pèlerinage, marchés).
    Le mois de Ramadan était alors associé à une période chaude (« ramad » = chaleur intense ou sécheresse).
    Réforme sous Omar:
    En 639 ou 641 (vers l’an 17 ou 18 de l’Hégire), Omar ibn al-Khattâb décide d’instaurer un calendrier strictement lunaire sans intercalation. Motif principal : obéissance au Coran, notamment la sourate 9 (at-Tawba), versets 36–37, qui condamne l’intercalation (nasi’) comme une pratique des polythéistes : « L’intercalation est un surcroît de mécréance… » (S. 9:37).
    Omar fixe l’ère hégirienne (début au 1er muharram 622 = 16 juillet 622 julien) et interdit désormais l’ajout de mois supplémentaires.
    Résultat: le calendrier devient purement lunaire (354–355 jours/an), et les mois (dont Ramadan) commencent à défiler à travers les saisons sur un cycle d’environ 33 ans.
    Preuves et consensus
    Les historiens (ex. : Al-Biruni, Ibn al-Athir, Tabari) et les sources classiques (hadiths, chroniques) attribuent unanimement cette réforme à Omar.
    Le Coran (S. 9:36–37) est la base textuelle : interdiction explicite de l’intercalation.
    Pas de débat sérieux parmi les savants musulmans classiques sur ce point : le calendrier est lunaire depuis Omar.
    Résumé chronologiqueAvant 622 : calendrier arabe pré-islamique luni-solaire (avec nasi’/intercalation).
    622–632 (vie du Prophète) : encore luni-solaire (le pèlerinage et Ramadan suivent les saisons).
    634–644 (califat d’Omar) : passage définitif au calendrier purement lunaire (sans intercalation), officialisé vers 639–641.
    Depuis : Ramadan avance d’environ 11 jours chaque année solaire, traversant toutes les saisons sur ~33 ans. ↩︎

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