Source: Aldous Huxley « Autres réflexions sur le progrès«
Celui qui dit être un arhat proclame par la même qu’il n’est pas un arhat1.
À côté du progrès spirituel authentique, il y a un progrès illusoire, fruit d’expériences qui sont censées être des approches de la réalité ultime mais qui, en fait, n’ont rien à voir. Ces expériences sont essentiellement de deux types.
Le premier regroupe les intoxications émotionnelles induites par une dévotion qui se polarise sur les produits de l’imaginaire, par exemple sur l’image mentale d’une personne divine. Certains exercices spirituels, tels ceux de saint Ignace de Loyola, n’ont d’autre but que d’entraîner les pouvoirs de l’imaginaire à faire apparaître délibérément des émotions intenses provoquées par des visions. Les vrais mystiques, saint Jean de la Croix ou l’auteur du Nuage d’inconnaissance, par exemple, affirment qu’il est dans la nature même des choses de ne pouvoir atteindre la réalisation de soi en cultivant l’imaginaire et les sensations, car ils appartiennent à l’ego séparé, alors qu’on ne peut prendre conscience de la divinité immanente et transcendante qu’en pacifiant l’ego séparé et en le mettant de côté, pour faire place, en quelque sorte, à l’atman-Brahman. L’extase engendrée par les émotions est entièrement différente de la connaissance unitive du divin.
Le second type d’expérience illusoire regroupe les expériences induites par une forme d’autohypnose. De nombreux sutras du Mahaya insistent sur la nécessité d’éviter les faux samadhis des sravakas et des Pratyekas-Bouddhas. Il s’agit d’une condition négative, d’une absence de conscience plutôt que d’une transfiguration de la conscience. Le monde s’est enfui; il n’est pas recréé sub specie aeternitatis. « Si les portes de la perception étaient propres, écrits Blake, le monde apparaîtrait tel qu’il est, infini et saint. » Mais dans ce faux samadhi, il n’est pas question de nettoyer la perception; il ne s’agit que de s’en détourner, de l’abolir temporairement. C’est une régression vers la condition inanimée de la matière et non un progrès vers le but ultime qui est la connaissance unitive de la réalité divine présente dans l’âme, présente au monde et au-delà.
- Le terme « arhat » (en sanskrit : अर्हत्, arhat ; en pāli : arahant) désigne, dans le bouddhisme, une personne qui a atteint l’illumination et est libérée du cycle des renaissances (samsāra).
Signification littérale :
« Arhat » vient de la racine sanskrite arh → « mériter », « être digne ».
Donc, un arhat est « celui qui mérite le respect », « le digne », car il a accompli la voie spirituelle et éradiqué les passions et les illusions.
Dans le bouddhisme :
Dans le bouddhisme theravāda (scolarité du Sud), l’arhat est l’idéal du pratiquant : celui qui a atteint le nirvāna par ses propres efforts.
Dans le bouddhisme mahāyāna (scolarité du Nord), l’arhat est parfois considéré comme un stade intermédiaire, inférieur au bodhisattva, qui choisit de rester dans le monde pour aider tous les êtres à atteindre l’illumination. ↩︎

