Les ressorts non-impérialistes de la montée hégémonique de la Chine

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Avec les « Nouvelles Routes de la soie », la Chine exporte des produits manufacturés et importe des matières premières, mais elle monnaye ses importations par des constructions d’infrastructures. Bénéfique pour la Chine, ce programme l’est aussi pour les pays partenaires. Car il évite les errements des politiques néo-libérales imposées par l’Occident aux pays en voie de développement. Les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, en effet, exigent en contrepartie de leur concours financier la mise en œuvre de politiques d’austérité inspirées du « consensus de Washington ». La Chine, elle, n’exige rien.

En clair, sa politique prend à rebrousse-poil les programmes d’ajustement structurel imposés par le FMI. Les pays qui veulent travailler avec les Chinois ne sont pas contraints de privatiser les entreprises publiques, de diminuer les impôts sur les entreprises ou de faire des coupes sombres dans les budgets sociaux. Parce qu’elle s’interdit toute ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, la Chine n’exige aucune orientation de politique économique, estimant à juste titre que cette question relève de la souveraineté nationale. Certes, elle ne prête pas à l’aveugle et préserve ses intérêts. Ses entreprises se montrent parfois gourmandes, et certains projets sont différés à la suite de désaccords persistants. Mais la Chine respecte la souveraineté de ses partenaires. Cette politique est-elle impérialiste ? Il ne faut pas confondre expansion économique et impérialisme. Car ce dernier ne se résume pas à la puissance matérielle. La Chine des Ming était déjà une grande puissance, et elle n’a jamais conquis de territoires en dehors de son aire civilisationnelle. L’impérialisme est une politique visant la soumission des autres nations, de gré ou de force, et qui impose leur alignement sur les intérêts de la puissance hégémonique. C’est une entreprise de subordination qui passe toujours, à des degrés divers, par une forme de contrainte, même si le « soft power » y accompagne le « hard power ».

En 1916, Lénine avait défini l’impérialisme comme le « stade suprême du capitalisme » en soulignant le rôle de la finance et des monopoles: « L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes ». Cette définition est toujours d’actualité, comme en témoignent la financiarisation de l’économie et le rôle des multinationales. Mais l’impérialisme dont parlait Lénine était déchiré par les rivalités inter-impérialistes qui ont provoqué le premier conflit mondial. L’impérialisme contemporain, en revanche, est un impérialisme à vocation hégémonique : c’est l’impérialisme des États-Unis, où l’oligarchie financière mondialisée a son quartier général. Afin d’exercer ses prérogatives impériales, Washington a recours à des moyens caractérisés. En leur absence, la qualification d’une politique comme « impérialiste » relève au mieux d’un jeu de mots, au pire d’une opération de propagande. Quels sont ces instruments ? On en dénombre cinq : l’intervention militaire, la guerre économique, la manipulation médiatique, le coup d’État téléguidé et la terreur importée. Ces cinq moyens d’action constituent le véritable « pentagone » de l’impérialisme.

De ce point de vue, une comparaison factuelle entre la Chine et les États-Unis est particulièrement édifiante. Depuis quarante ans, les États-Unis et leurs vassaux ont participé à de nombreuses guerres : La Grenade, Panama, Somalie, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie. La plupart de ces interventions militaires étaient contraires au droit international. La Chine n’en a fait aucune. Les États-Unis ont 725 bases militaires à l’étranger, la Chine une seule. Certaines de ces bases militaires sont à proximité de la Chine, qui n’a aucune base à proximité des États-Unis. Ces derniers ont un budget militaire de 780 milliards, la Chine de 260 milliards de dollars. Par habitant, les USA dépensent donc – pour leur armée – douze fois plus que la Chine. La marine de guerre des États-Unis est omniprésente dans le détroit entre la Chine et Taïwan et en Mer de Chine méridionale, tandis que la marine chinoise ne patrouille jamais entre Cuba et la Floride ou au large de Manhattan. Les États-Unis et les institutions qui en dépendent (FMI, etc..) imposent des politiques d’austérité néolibérales aux États emprunteurs. La Chine, jamais. Les États-Unis infligent des sanctions économiques à 39 pays (blocus ou embargo contre Cuba, l’Iran, la Syrie etc..). La Chine à aucun. L’immense appareil de propagande des États-Unis produit de fausses informations, notamment sur des « violations des droits de l’homme », contre les États ou les gouvernements qu’ils veulent combattre. La Chine, jamais. Les États-Unis ont orchestré ou tenté d’orchestrer des opérations de « regime change » dans de nombreux pays (Libye, Syrie, Ukraine, Venezuela, Honduras, etc..). La Chine, jamais. Les États-Unis financent des partis d’opposition ou des organisations soi-disant humanitaires dans les pays dont ils veulent déstabiliser le gouvernement. La Chine, jamais. Les États-Unis et leurs alliés ont formé, armé et manipulé des organisations terroristes pour semer le chaos chez les autres (Afghanistan, Libye, Syrie). La Chine, jamais.

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